Gravure inuite | l'Encyclopédie Canadienne

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Gravure inuite

Alors que la sculpture représente une activité viable pour la plupart des communautés inuites, l'art de l'estampe requiert des habiletés particulières et de l'équipement sophistiqué pour être concurrentiel sur le marché international.
\u00ab Birds & Landscape \u00bb (Oiseaux et paysages)
Aquarelle sur papier, par Kingmeata Etidlooie, Cape Dorset (Collection d'\u009cuvres d'art de l'Université de Lethbridge).
\u00ab Joys of Summer Inland \u00bb
Oeuvre de Pitseolak Ashoona (avec la permission du ministère des Affaires indiennes et du Nord/CD 24PR60 51).
\u00ab Many Heads \u00bb
Oeuvre de Victoria Mamnguqsualuk (avec la permission du ministère des Affaires indiennes et du Nord/BL102PRB2 14).

Leur langue ne possède peut-être pas de mots propres pour désigner l'art, mais les Inuits décorent leurs vêtements et sculptent des objets depuis la préhistoire. James A. Houston, artiste et administrateur public, encourage la sculpture contemporaine. En 1949, il se rend dans l'Arctique pour explorer des voies artistiques qui compléteraient le revenu des Inuits. En 1957, la gravure est introduite à Cape Dorset, au Nunavut, toujours sous l'impulsion de Houston.

Alors que la sculpture représente une activité viable pour la plupart des communautés inuites, l'art de l'estampe requiert des habiletés particulières et de l'équipement sophistiqué pour être concurrentiel sur le marché international. En fait, depuis la naissance du programme expérimental d'estampe prometteur à Cape Dorset, seules quatre autres communautés Povungnituk, Holman [Ulukhaktok], Baker Lake et Pangnirtung ont réussi à produire des collections d'estampes de façon régulière sur une longue période de temps. (Clyde River produit trois collections dans les années 80 et un certain nombre de communautés du Nouveau-Québec se réunissent pour produire 6 ou 7 collections dans les années 70. Pendant la même période, deux artistes de George River produisent aussi des collections cataloguées).

La gravure ou l'estampe inuite est dans une position différente de celle de la sculpture en ce qu'elle n'a pas d'antécédents historiques importants, bien que l'estampe ait des points communs avec la sculpture inuite sur des os ou du bois, les tatouages faciaux des femmes ou les incrustations sur peau pour les vêtements, les mitaines et les chaussures. Les Inuits peuvent se procurer localement la pierre, les os, les bois d'animaux, le bois et l'ivoire nécessaires à leur sculpture, mais le papier et les instruments pour dessiner étaient inconnus jusqu'à ce qu'ils soient introduits par les premiers explorateurs et missionnaires.

L'histoire de l'estampe est récente dans l'Arctique, et les techniques de cet art y sont très différentes de celles pratiquées au Sud. Cependant, les Inuits démontrent beaucoup d'aptitudes, de talent et d'enthousiasme pour ce nouveau médium artistique, et ils s'en servent afin de conserver un registre visuel de la vie traditionnelle et spirituelle.

Coopératives d’estampe

On encourage les Inuits à créer des coopératives, jusqu'alors inexistantes, pour aider la production et la commercialisation d'oeuvres (voir Coopératives inuites). Les méthodes de production se basent sur le fonctionnement traditionnel des ateliers. En 1958, Houston est formé durant cinq mois par le graveur nippon Un'ichi Hiratsuka, puis revient à Cape Dorset avec des méthodes et des papiers japonais. Plus tard, d'autres ateliers de gravure adoptent bon nombre de ces méthodes perfectionnées à Cape Dorset.

Les artistes inuits font habituellement leurs esquisses à la maison, étant donné le nombre limité d'ateliers et d'espaces de travail communautaires. Les dessins finaux sont apportés à la coopérative où ils sont échangés contre de l'argent. Généralement, l'artiste dont le dessin est transformé en estampe n'effectue pas lui-même le transfert au médium d'impression. Cette tâche est réservée à une autre personne expérimentée, et dans de nombreuses coopératives, une troisième personne procède à l'impression de l'image sur papier. On a cependant pu observer de nombreuses exceptions avec le temps. Des artistes de Povungnituk et du Nouveau-Québec gravent généralement leurs images directement sur la pierre et, à Cape Dorset, par exemple, bon nombre d'artistes plus expérimentés dessinent souvent leurs images directement sur la pierre lithographique. Dernièrement, les conseillers artistiques ont encouragé plusieurs artistes, particulièrement à Holman [Ulukhaktok] et à Baker, à effectuer la totalité du procédé, ce qui transforme la dynamique d'un procédé de collaboration avec l'imprimeur vers un rendu plus spontané du concept de l'artiste.

La plupart du temps, l'estampe est signée à la main ou porte le sceau du dessinateur et de l'imprimeur sous la forme de diverses combinaisons d'écriture syllabique en anglais et en inuktitut faisant partie de l'inscription de l'impression. Traditionnellement, l'estampe comporte un symbole pictographique qui représente la coopérative d'où elle vient (le symbole de Cape Dorset est un igloo stylisé, celui de Holman est un ulu portant l'inscription Holman). Par le passé, les estampes syllabiques stylisées ou le symbole gaufré à froid du Conseil canadien des arts esquimaux (aujourd'hui disparu) certifiait que l'oeuvre était authentique et qu'elle répondait aux normes établies.

Les estampes inuites ne sont habituellement pas vendues individuellement, mais elles font partie d'un portfolio annuel. Toutefois, bon nombre d'estampes sont réalisées en tant que collections spéciales et pour des commandes. Au Sud, un jury nommé par le gouvernement, le Conseil canadien des arts esquimaux, se charge de la sélection des estampes pour la collection annuelle des communautés des T.N.-O. et ce, jusqu'à ce que ce dernier cesse ses activités en 1989.

Depuis le début, les Producteurs de l'Arctique canadien (PAC; pour les estampes des Territoires du Nord-Ouest) et la Fédération des Coopératives du Nouveau-Québec (pour les estampes du Nouveau-Québec) coordonnent la mise en marché (y compris le contrôle de la qualité, de la quantité et des prix) des estampes produites dans l'Arctique, et la vente se fait par le biais de galeries commerciales choisies. Actuellement, les PAC ne distribuent que les estampes provenant de Holman [Ulukhaktok] et de Baker Lake. Pangnirtung distribue ses propres estampes, et celles de Cape Dorset sont distribuées par Dorset Fine Arts. . La FCNQ ne joue plus un rôle actif, POV n'ayant produit aucune collection depuis 1988-1989.

Le nombre d'impressions par édition est contrôlé. Les premières estampes étaient généralement émises par lots de 30, maintenant leur nombre peut varier mais la norme est de 50.

Contenu, style et technique

Les estampes inuites se distinguent des estampes produites au Sud par les thèmes traités et par les préoccupations formelles. Traditionnellement, une estampe inuite représente des animaux, des oiseaux et la vie marine de l'Arctique, les modes de vie d'antan, les légendes et la mythologie ainsi que les pratiques chamaniques, les créatures et les esprits. Il est rare que les artistes abordent des aspects de la vie contemporaine, des paysages seuls ou des images abstraites ou non objectives. Certains artistes, comme Pudlo Pudlat, Etidlooie Etidlooie et Jessie Oonark représentent des avions, des hélicoptères, des motoneiges et des fusils de chasse, etc., mais il s'agit là d'exceptions. Les graveurs inuits se distinguent aussi de leurs collègues du Sud par leur utilisation de l'espace. Ils peuvent symboliser l'espace par une surimposition ou en dessinant une ligne de sol, mais de façon générale, ils ne représentent pas les corps et les objets en trois dimensions dans un espace plausible. La plupart des images sont plates, et l'accent est mis sur les motifs et les décorations plutôt que sur les volumes. Toutefois, les dessins réalisés par certains artistes, particulièrement les nouveaux inscrits aux programmes, utilisent plutôt des concepts spatiaux occidentaux.

La technique de gravure privilégiée au cours des premières décennies est celle de la taille de pierre, qui évolue grâce aux expériences faites sur des matériaux comme l'os, le bois et le linoléum. La taille de pierre est une technique du relief semblable à la gravure sur bois,. La technique du pochoir vient de l'évolution logique des incrustations traditionnelles que les femmes ajoutent aux vêtements. On utilise la gravure et l'eau-forte et, plus tard, la sérigraphie et la lithographie, particulièrement adaptées à la couleur, se sont ajoutées.

Jusqu'à récemment, les artistes inuits quittent rarement leur village pour aller suivre une formation artistique en institution, et n'apprennent qu'entre eux ou auprès de conseillers du Sud qui viennent travailler dans leur communauté. Ainsi, leurs idées ont-elles tendance à être homogènes à l'intérieur de chaque centre régional. Ce style commun ne s'étend cependant pas aux autres communautés et est maintenant moins évident même à l'intérieur de la même coopérative.

La gravure commence dans la communauté de Cape Dorset en 1957, et la première exposition a lieu en 1959. La production d'estampes s'étend à d'autres centres : Povungnituk depuis 1962, Holman [Ulukhaktok] depuis 1965, Baker Lake depuis 1970, les collaborations des communautés du Nouveau-Québec depuis 1972, Pangnirtung depuis 1973 et Clyde River depuis 1981. L'atelier de Baker Lake ferme ses portes en 1989 en tant qu'entité de la Coopérative Sanavik, mais il produit encore quelques collections, parfois en coopération avec le Collège de l'Arctique. Après très peu d'activité entre 1989 et 1991, l'estampe réapparaît à Pangnirtung en 1992, sous l'égide de l'Association des artistes inuits d'Uqqurmiut, avec la production de « La collection d'estampes de la communauté de Pangnirtung ». Clyde River ne produit que trois collections avec le groupe Igutag bien que certains des artistes produisent encore des estampes avec d'autres entités indépendantes comme le font également les artistes des communautés qui ne possèdent pas leur propre programme d'estampes.

Cape Dorset

L'estampe de Cape Dorset est la plus ancienne et celle qui a été la mieux gérée. On y a toujours produit des estampes d'une qualité technique et esthétique de haut niveau. Kenojuak Ashevak et Lucy Qinnuayuak sont tous deux reconnus pour les oiseaux qu'ils dessinent. Ceux de Kenojuak, des hiboux emblématiques, occupent habituellement le centre, comme celui du timbre de 6 cents émis en 1970. Ce sont des dessins élégants et décoratifs, dont l'effet repose principalement sur les formes et les couleurs. Les oiseaux de Lucy ont tendance à être représentés de façon asymétrique, humoristique et fantaisiste. Pitseolak Ashoona (1907/8-1983), artiste prolifique et émérite qui possède un bon sens de l'humour, crée des dessins qui racontent la vie des nomades inuits. Il nous montre à quel point les familles sont dépendantes des animaux de l'Arctique pour leur survie.

Jamasie Teevee (1910-1985), qui a aussi fait de la lithographie et de la taille de pierre, dessine ses propres gravures sur cuivre. Il remplit souvent l'espace rectangulaire de la feuille de papier avec des silhouettes étroitement placées. Parr (1893-1969), l'un des plus anciens artistes de Cape Dorset, représente des animaux et des chasseurs d'une manière directe, simplifiée, presque primitive. Pudlo Pudlat (1916-1992) compte parmi les rares à utiliser le paysage comme sujet. Kananginak Pootoogook est un maître dans l'art de la gravure, de la peinture et de la sculpture. Ses oeuvres comportent beaucoup de détails et de descriptions visuelles d'objets traditionnels, d'oiseaux et d'animaux de l'Arctique. .Il est également un des premiers participants au programme d'estampes de Cape Dorset à travailler avec James Houston et il réalise des impressions des dessins de son père, le grand leader Joseph Pootoogook (1887-1958).

Povungnituk

Les artistes de Povungnituk utilisent souvent le bloc de pierre comme partie intégrale de leurs images imprimées. De nombreuses estampes montrent les contours irréguliers du bloc qui entoure solidement la scène et favorise l'affirmation visuelle. Contrairement à ce qui se fait dans d'autres centres, les artistes de Povungnituk font du dessin, de la taille et réalisent souvent l'impression de leurs propres images. Au tout début, souvent ils sculptent l'image directement dans la pierre. Le sculpteur Joe Talirunili fait partie des premiers graveurs. Il s'inspire souvent des événements arrivés dans sa propre vie, des histoires d'autres chasseurs ou du thème de la migration comme fondement de ses gravures narratives, dont les scènes sont disposées d'une façon qui rappelle la forme modulaire des bandes dessinées. Il inscrit souvent une explication syllabique dans la gravure et il la signe, JOE, en anglais. Conteur réputé, Davidialuk préfère des scènes ou des personnages isolés ou particuliers et inscrit généralement le titre de l'histoire ou celui du protagoniste dans la pierre elle-même. Josie Papialuk (1918-1996) (Paperk) utilise des dessins d'oiseaux lyriques de façon décorative et fantaisiste dans beaucoup de ses oeuvres.

Holman

Au cours des premières années, les artistes de Holman [Ulukhaktok] utilisent la pierre calcaire locale pour leurs impressions de gravure sur pierre mais la mauvaise qualité de la pierre les amène à utiliser les techniques du pochoir et de la lithographie. À compter de 1987, la gravure gagne en popularité car elle offre une surface plus facile à graver et une plus grande disponibilité. Conteuse, chamane et graveure, Helen Kalvak fait connaître des événements ordinaires, légendaires ou spirituels par ses gravures. Mark Emerak (1901-1983) dessine des scènes de chasse, et Agnes Nanogak (1925-2001) réalise de nombreux dessins émouvants dans lesquels elle relate des événements historiques ou légendaires qu'elle rend par des formes noires sur papier blanc. Jusqu'au milieu des années 80, les gravures de Holman ont tendance à négliger la couleur ou à l'utiliser parcimonieusement., Dans les éditions récentes, avec de nouveaux conseillers et la participation de plus jeunes artistes tels que Mary K Okeena (née en 1957), Elsie Klengenberg (née en 1946), Susie Malgokak (née en 1955) et Peter Palvil (né en 1960), tous les graveurs font un usage généralisé de la couleur et, de plus, plusieurs d'entre eux exécutent la plupart de leurs impressions. Malheureusement, en ce début de siècle, l'atelier de gravure Holman devient moins productif, n'imprimant que des commandes spéciales plutôt que des collections.

Baker Lake

La survie des premiers habitants du district de Keewatin dépend du caribou et du poisson. Installés dans la communauté intérieure de Baker Lake à la fin des années 50 et 60, ces animaux sont le principal thème de leurs illustrations ainsi qu'on peut le voir dans les gravures de Luke Anguhadluq. Jessie Oonark (1906-1985) et sa fille, Victoria Mamngushualuk Kayuryuk (née en 1930), dessinent souvent des scènes inspirées de légendes, et on peut souvent voir plusieurs scènes dans une même composition. Oonark, qui est aussi un excellent artiste en textile, a souvent recours à de gros motifs décoratifs et colorés dans des gravures à un seul personnage. William Noah (né en 1943) (ou plus souvent sa femme Martha Noah), Nancy Kangeryuaq Sevoga (née en 1936) et Simon Tookoome (né en 1934) comptent parmi les rares artistes à avoir gravé leur propre portrait. Tookoome est connu pour son traitement unique des visages. Par exemple, il peut intégrer une forme d'animal dans les joues d'un être humain ou disposer des silhouettes humaines à l'intérieur ou le long des membres d'un personnage. Ses gravures reflètent souvent le traitement de ses impressions.

On instaure des programmes d'estampe expérimentaux de 1964 à 1966 et en 1968. La première collection cataloguée voit le jour en 1970 par la Coopérative Sanavik. De tous les artistes qui demeurent dans le programme après les premières tentatives, seules les images de Jessie Oonark restent les mêmes et sont facilement identifiables sans les inscriptions écrites. Les impressions et les techniques de Baker Lake diffèrent grandement, depuis le début, de celles d'autres communautés, peut-être à cause de l'utilisation généralisée de la couleur et de la façon de recouvrir le papier de même que du sujet traité qui décrit plus l'atmosphère que le paysage.

Pangnirtung

La première collection de Pangnirtung date de 1973 bien qu'on ait procédé à des programmes expérimentaux en 1971-72. Les gravures représentent des activités quotidiennes ou la chasse à la baleine, puisque cette région se consacre à cette activité depuis le XVIIIe siècle. On trouve des scènes de chasse à la baleine dans les gravures de Geetaloo Akulukjuk (né en 1939) et de Simon Shaimaiyuk (1915-1999). Andrew Qappik(né en 1964) est un artiste et graveur prolifique et talentueux qui maîtrise la plupart des techniques, marchant ainsi sur les traces de ses oncles, Imoona Karpik (né en 1950) et Solomon Karpik (1947-1989). Connus pour leurs impressions au pochoir, les artistes de Pangnirtung, Jacoposie Tiglik (né en 1952), Josea Maniapik (né en 1941), Enookie Akulukjuk (né en 1943) et, plus récemment, Jolly Atagooyuk (née en 1963) exécutent les impressions de plusieurs des images très colorées d'Elisapee Ishulutaq (née en 1925), de Malaya Akulukjuk (1915-1995) et d'Ida Karpik (1939-2002). Le sculpteur bien connu Lipa Pitsiulak (né en 1943) participe également au programme d'estampe depuis le début, quittant souvent son camp éloigné pour cela.

Clyde River

Le centre de gravure le plus récent est le groupe Igutaq de Clyde River, fondé en 1974 et qui a présenté sa première collection en 1981. Ce centre utilise beaucoup la technique du pochoir, et ses artistes s'intéressent à une gradation subtile des couleurs, comme le démontrent si bien les gravures de Lydia Jaypoody (née en 1926), de Jeanie Tiqulliarq (née en 1958), d'Elisha Sanguya (né en 1957) et de Reepika Iqalukjuaq (né en 1943). À une exception près, à Clyde, les impressions sont créées par un groupe d'atelier formé d'au moins deux graveurs. Les collections annuelles ne sont présentées que pendant trois ans et prennent fin avec la collection de 1984/85.

Indépendants/Divers/Collections à l'extérieur des coopératives

Bien que la plupart des premières coopératives d'estampe soient sur leur déclin, d'autres groupes et individus reprennent du service. Parmi eux figurent des producteurs indépendants de longue date comme Arts Induvik Canada/Baffin Island Graphics, Iqaluit et Montréal, le Studio PM (Paul Machnik) de Montréal et le Collège de l'Arctique du Nunavuk. Ces groupes offrent des ateliers et éditent des collections en présentant souvent de nouvelles techniques. Des artistes graveurs expérimentés de même que des nouveaux venus y participent. Le Studio PM, qui produit habituellement les eaux-fortes pour les coopératives d'estampe établies, commence aussi à présenter les techniques de dessin et d'impression dans les communautés où il n'y a pas d'entreprise de production. Au fil des ans, certains artistes indépendants continuent à produire leurs propres collections en utilisant divers ateliers d'impression.

Collections spéciales et commandes

Depuis le début des programmes d'estampe dans l'Arctique canadien, en fait, depuis les années expérimentales dans chaque communauté, un très grand nombre d'impressions ont été réalisées sans qu'elles fassent partie d'une collection annuelle d'estampes de la coopérative. Ce sont parfois des impressions en surplus ou qui comportent une imperfection, mais ces impressions sont pour la plupart offertes en tant que collections spéciales vendues par les coopératives, pour remplir une commande pour un projet gouvernemental ou pour être vendues par des détaillants et des organisations commerciales. Elles ne sont pas toujours accompagnées d'un catalogue ou d'une brochure mais elles demeurent un produit très légitime. Depuis peu, on s'y réfère quelquefois comme étant des « impressions non cataloguées, des collections ou des œuvres sur commande » pour les différencier de la collection annuelle régulière de la communauté.

La fin des années 80 et le début des années 90 sont le témoin de la fermeture de certains ateliers de gravure inuite, de délais dans la présentation des collections annuelles d'estampes et parfois d'un besoin de financement ou de moyens techniques. L'image sans précédent des longues files d'acheteurs qui arrivent avant l'aube dans l'espoir d'acheter l'estampe désirée au cours des ventes annuelles des collections est devenue chose du passé, puisque l'art de l'Arctique a subi le même ralentissement économique que celui qui a touché les autres domaines artistiques partout ailleurs. De plus, les jeunes artistes ne sont pas attirés par le dur travail et la persévérance requis pour produire des collections homogènes et techniquement parfaites. Les sujets traités demeurent quelque peu statiques et ne témoignent pas de l'exploration artistique qui serait nécessaire pour concurrencer les autres formes d'art.

À Cape Dorset et un peu à Baker Lake, on s'attaque à ces problèmes par l'intégration de conseillers artistiques de l'extérieur et par des cours et ateliers donnés par le Collège de l'Arctique ou autre organisation de création. En même temps, la présence persistante dans les médias et les nombreux voyages à l'extérieur offrent une perspective différente. Malgré une baisse de production, on ne peut sous-estimer l'influence de l'estampe dans l'Arctique canadien. Les programmes d'estampe ont été créés dans le but d'offrir une stabilité économique aux Inuits. Personne ne pouvait imaginer que l'estampe inuite allait devenir un mode d'expression en arts graphiques aussi reconnu dans le monde entier. Une poignée de projets de coopératives ont réussi à produire plus de 8 000 images créées à la main en éditions multiples. Plus important encore, plus de 400 artistes et 150 graveurs et assistants ont participé aux projets. En moins de 50 ans, cette créativité a apporté une notoriété inattendue et des revenus à une petite partie éloignée de l'Arctique canadien ainsi qu'un immense plaisir pour un groupe toujours grandissant d'enthousiastes.

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