Projet Mémoire

Donald Hibbs

Ce témoignage fait partie de l’archive du Projet mémoire

Pendant la guerre de Corée, Donald Hibbs a servi au sein du 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2 PPCLI), et s’est retrouvé au cœur de l’action à la bataille de Kapyong (22 au 25 avril 1951).

Prenez note que les sources primaires du Projet Memoire abordent des temoignages personnels qui refletent les interpretations de l'orateur. Les temoignages ne refletent pas necessairement les opinions du Projet Memoire ou de Historica Canada.

Donald Hibbs
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Donald Hibbs, 1950.
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Transcription

Je m’appelle Don Hibbs. Je faisais partie du 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, en Corée et nous sommes arrivés à Pusan juste avant Noël 1950. Ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. La plupart des ports maritimes que j’ai visités au cours de ma vie étaient pleins de lumière, invitants. C’était tout le contraire du port coréen : très sombre, odeur nauséabonde (le temps qu’on s’y habitue) et sale, au point où nous regrettions d’y être allés.

Nous avons tout de même eu un beau Noël en Corée en 1950; c’était pour certains d’entre nous la première fois que nous nous retrouvions loin de la maison et de notre entourage, mais l’armée avait organisé un excellent repas avec tous les accompagnements. Les premiers jours en Corée ont donc été agréables. Nous avons visité Pusan après Noël et nous y avons vu un pays anéanti. Les gens vivaient dans des huttes ou même dans des boîtes de carton. Il y avait de la pauvreté partout, les réfugiés quêtaient de la nourriture dans les rues. Nous étions loin d’imaginer les souffrances que vivaient ces gens. Beaucoup de membres du 2 PPCLI ont pris la décision à l’époque de transformer ce qu’ils considéraient comme une aventure en mission d’aide aux personnes dévastées par la guerre.

À Miryang, nous avons eu des démêlés avec l’ennemi qui venait terroriser les troupes dans la région. Nous sommes allés combattre ces guérilleros une fois dans les collines. Nous en avons tué quelques-uns. Ça les a fait ralentir un peu. C’est au cours de notre entraînement à Miryang qu’un membre de notre bataillon, le sergent-major de régiment Jimmy Woods, a été tué par une mine coréenne. M. Woods a été le premier soldat canadien tué pendant la guerre de Corée. J’étais au sein du cortège lors de son enterrement. Ce serait le deuxième soldat enterré au Cimetière [commémoratif] des Nations Unies.

Lors de ma visite en Corée en avril 2001, le cimetière était rempli de tombes d’hommes qui ont sacrifié leur vie pendant la guerre de Corée. Que ce soit la pierre tombale que je suis allé voir en premier (celle du sergent-major), l’état immaculé du cimetière d’aujourd’hui ou le nombre de tombes qui s’y trouvent, tant de choses m’ont fait pleurer. Tous ces jeunes hommes courageux sont morts pour la liberté d’une nation dont 99 % d’entre nous ne connaissaient pas le nom ni même l’emplacement en 1950.

Certains autres trucs nous ont dérangés. En Corée, nous avions des fusils à un coup, des 303* fabriqués pendant la Première Guerre mondiale. Certains d’entre eux portaient une inscription 1914 ou 1917. Nous avions un pistolet-mitrailleur Sten** qui n’était pas très efficace à cause du sable et du gravier. La mitrailleuse [légère] Bren était excellente pour sa part. C’était une arme automatique, mais c’était la seule que nous avions dans la section. Bien sûr, les compagnies de soutien avaient les mitrailleuses Vickers. Le pire là-dedans, c’est que l’ennemi avait des armes automatiques, et nous étions de pauvres soldats dans les collines à essayer de survivre avec des fusils à un coup. Quand l’ennemi attaquait, nous devions bien viser et tirer en ligne droite parce que si nous manquions notre coup, nous allions recevoir une cinquantaine de balles en un rien de temps. Je me demandais bien d’ailleurs pourquoi le Canada nous avait envoyés en Corée aussi mal équipés.

La situation est devenue problématique quand on a eu le dessus sur nous en 1951 sur une colline de Corée appelée Kapyong. L’Armée canadienne devra à l’avenir équiper les soldats beaucoup mieux qu’elle l’a fait pour nous. Nous sommes les seuls qui sont restés en place pour la bataille de Kapyong. Les États-Uniens se sont retirés. Les Britanniques n’étaient pas capables de fournir. Les Australiens non plus. Deux bataillons britanniques ont été éliminés. Il n’y avait personne, seulement nous. Nous avons tenu trois jours sans quoi l’ennemi aurait pu entrer directement dans Pusan ou Séoul, ce qui aurait changé le cours de la guerre. Nous avons reçu une citation [pour l’unité] de la part du président des États-Unis, Harry Truman. Mais nous étions débordés, nous avions une chance sur dix, peut-être sur vingt de nous en sortir malgré l’équipement inadéquat.

* Fusil britannique .303 Lee-Enfield
** Pistolet-mitrailleur 9 mm