Projet Mémoire

John Bishop (source primaire)

Ce témoignage fait partie de l’archive du Projet mémoire

Pendant la guerre de Corée, John Bishop a servi au sein du 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2 PPCLI).

Prenez note que les sources primaires du Projet Memoire abordent des temoignages personnels qui refletent les interpretations de l'orateur. Les temoignages ne refletent pas necessairement les opinions du Projet Memoire ou de Historica Canada.

John McCall
John McCall
John McCall

Transcription

Je me considérais comme invincible. Et une belle aventure m’attendait. Je ne pouvais même pas repérer la Corée sur une carte. J’ai dû chercher très attentivement avant de la trouver.

Mais, et c’est peut-être difficile à croire, dans les trois ou quatre mois qui ont suivi notre enrôlement, nous allions en guerre alors que nous n’étions pas prêts. Les forces canadiennes avaient été considérablement réduites après la Deuxième Guerre mondiale, il n’y avait à l’époque que cinq à sept mille soldats de la force régulière qui pouvaient y aller. C’est pourquoi on y a envoyé des enfants comme moi, certains âgés d’à peine 14 ans ayant menti sur leur âge.

Mais nous étions passés à travers un processus de sélection difficile et étions convaincus du bien-fondé de nos actions. Nous avions de plus la chance de côtoyer des combattants de la Deuxième Guerre mondiale qui ont fait l’Italie et qui étaient capables de nous orienter, car l’Italie a un relief montagneux assez semblable à celui de la Corée.

À notre arrivée au port de Pusan, des cadavres flottaient un peu partout. Quand nous sommes descendus du bateau, c’était le chaos pour nous rendre à nos quartiers. Les gens mouraient de faim, les morts jonchaient les rues. Nous avons donc vu que ce n’était pas une partie de plaisir qui nous attendait.

Je me souviens d’avoir été meneur de notre compagnie : je n’étais pas chef de l’unité à proprement parler, mais plutôt cobaye placé à l’avant lors de la traversée d’un long tunnel. Nous sommes sortis du tunnel et nous avons fait quelques kilomètres de plus, puis nous sommes tombés sur des corps de soldats des États-Unis. Il y en avait partout. Nous en avons compté environ 80. C’étaient des gens à l’approvisionnement. Ils avaient des camions. À leur retour du front, ils s’étaient arrêtés la nuit pour dormir, une grave erreur parce que les sentinelles se sont endormies, et les Chinois en ont profité pour former une grande patrouille qui les a tous tués. À l’époque, les soldats noirs ne pouvaient pas commander de bataillon d’infanterie. Les bataillons noirs [des États-Unis] étaient en effet commandés par des officiers blancs. Les soldats qui conduisaient les camions et s’occupaient du ravitaillement de ce groupe et qui ont été tués étaient presque tous des soldats noirs. C’est probablement ce qui nous a le plus marqués, voir des douzaines et des douzaines de corps comme ça.