Musique à Toronto | l'Encyclopédie Canadienne

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Musique à Toronto

Pendant une grande partie des débuts de l’histoire de Toronto, la force culturelle dominante dans l’enclave majoritairement protestante est la musique d’église. Au début du 20e siècle, Toronto est connue comme « la capitale du chant choral de l’Amérique du Nord ». À cette époque, le Toronto Mendelssohn Choir et l’Orchestre symphonique de Toronto sont déjà bien établis. La ville est également un épicentre de la fabrication de pianos, de l’édition musicale et des industries de l’enregistrement et de la diffusion en langue anglaise. Outre la musique classique et chorale, Toronto est un centre national pour les artistes de jazz, les musiciens folkloriques, les groupes de rock'n’ roll, ainsi que les artistes de R&B et de hip-hop. La ville abrite le siège de nombreuses grandes maisons de disques et institutions culturelles, ainsi que certaines des salles de concert les plus anciennes et les plus connues du pays.

Massey Hall

Contexte historique

Toronto, située sur la rive nord du lac Ontario, est fondée en 1793 sous le nom de York par le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe. La ville a été la capitale du Haut-Canada de 1796 à 1841 et de la province du Canada de 1849 à 1851 et de 1855 à 1859. Toronto est désignée capitale de l’Ontario en 1867, année de la Confédération canadienne.

La population de l’établissement, moins de 200 personnes en 1799, se compose à l’origine de fonctionnaires du gouvernement et de soldats en garnison. En 1834, forte d’une population de 9252 habitants, York devient une ville et prend le nom de Toronto. Avant la Première Guerre mondiale, les Torontois sont surtout d’origine anglaise, irlandaise et écossaise. Depuis le début du 20e siècle, toutefois, des vagues successives d’immigrants venant de toutes les parties du monde modifient considérablement la composition ethnique de la ville. En 1953, 13 municipalités de la région s’unissent pour former la municipalité du Toronto métropolitain. En 1986, sa population dépasse les 3,4 millions d’habitants.

Parce qu’elle est choisie comme capitale de l’Ontario, la ville devient un important centre administratif, commercial, éducatif et industriel. En tant que ville la plus populeuse du Canada anglais et capitale des médias, elle devient le siège de nombreux organismes culturels. Toronto abrite la majorité des éditeurs de livres et de musique du pays et la ville s’enorgueillit de posséder les plus riches bibliothèques du Canada. Elle est l’égale de Montréal et la surpasse même quant à la production d’émissions de radio et de télévision et l’emploi d’artistes professionnels.

De 1793 à 1918

Au 19e siècle et au début du 20e, le développement de la musique à Toronto est étroitement lié à la croissance de sa population et à sa prospérité. De quelques centaines d’habitants, la population s’élève à plus de 500 000 habitants en 1920. Au cours des années 1830 et 1840, des groupes d’exécutants sont fondés et des auditoriums sont érigés. Plus tard au cours du siècle, l’enseignement, l’édition et la fabrication de pianos commencent à prospérer. La ville accueille alors de nombreux artistes et ensembles de réputation mondiale au cours de leurs tournées.

Quand la goélette Mississauga avec Simcoe à son bord arrive à Toronto pour la première fois le 30 juillet 1793, la fanfare des Queen’s Rangers est également à son bord. Mais la première mention d’un événement musical à Toronto se trouve dans un état de compte détaillé spécifiant « 7 dollars payés par Ordre pour la musique » d’un bal et souper à l’occasion de l’anniversaire du roi, le 4 juin 1798. En 1810, Joseph B. Abbot propose d’ouvrir « une école pour l’enseignement des principes de la musique d’église ». La même année, une troupe de comédiens de Montréal présente un spectacle où figurent des chansons entre une pièce et une farce. Un an plus tard, un « clavecin à deux claviers et un pianoforte incrusté de bois et de satin, doté d’un merveilleux mécanisme » sont vendus à une enchère. Dans un état de compte des « assemblées de souscription 1814 », le plus gros poste des dépenses est de 22 livres et 15 shillings pour « la musique de la saison ».

Au cours des années 1820, on tient quelques concerts publics. Toutefois, c’est la représentation de l’opéra The Mountainers de Samuel Arnold par une troupe de Rochester, dans l’État de New York, le 22 décembre 1825 à l’Assembly Room de M. Franck, qui fournit à William Lyon Mackenzie, rédacteur en chef du Colonial Advocate, une première occasion de se rendre au théâtre depuis son arrivée en Amérique du Nord, cinq ans plus tôt. La compagnie d’Emanuel Judah — sept chanteurs et un danseur — présente No Song, No Supper de Stephen Storace en 1826. On peut entendre les deux mêmes opéras de nouveau en 1828. Le premier théâtre, une chapelle méthodiste réaménagée, n’ouvre ses portes qu’en 1834.

William Lyon Mackenzie

Artistes et performances notables

Des visites de musiciens de réputation internationale commencent à partir de 1840 : John Braham (1841, 1842), Ole Bull (1844, 1853), Anna Bishop (1848, 1851, etc.), la Société musicale Germania (un orchestre, 1850, 1852, 1856), Jenny Lind (1851), Adelina Patti (1853, 1860, etc.), Henriette Sontag (1854), Sigismund Thalberg (1857, 1858), Henri Vieuxtemps (1858, 1870, 1871), Frantz Jehin-Prume (1865, etc.), Pablo de Sarasate (1870), Anton Rubinstein (1872), Henri Wieniawski (1872) et Hans von Bülow (1876). Plusieurs de ces artistes se produisirent au Saint Lawrence Hall, inauguré en 1850. Ouvert en 1848, le Royal Lyceum Theatre accueille pour sa part des productions musicales et autres spectacles à grand déploiement, bien que des programmes d’extraits d’opéras et des versions tronquées d’opéras populaires chantées par quatre ou cinq interprètes sont plus fréquents que des présentations intégrales.

Monté le 8 juillet 1853 au Royal Lyceum par l’Artists' Italian Opera, Norma est le premier grand opéra présenté en version intégrale, avec chœur et orchestre. Rosa Devries chante le rôle-titre et Luigi Arditi est au pupitre. Dès lors, des troupes de tournées s’arrêtent régulièrement à Toronto, de sorte qu’au début du 20e siècle, la majeure partie des œuvres populaires des répertoires italien et français y ont été entendues.

En 1883, Emma Albani vient pour la première fois depuis 20 ans au Canada et paraît dans un opéra complet (Lucia di Lammermoor), avec la compagnie du colonel Mapleson. La deuxième production du groupe est Il Trovatore. D’après Arcadia (Montréal 1891-1892), au cours de la saison 1890-1891, 91 représentations de 24 œuvres se tiennent à Toronto, dont 4 seulement appartiennent au genre grand opéra : Lohengrin, Rigoletto, Carmen et Les Huguenots. Une compagnie de chanteurs du Metropolitan Opera incluant Marcella Sembrich, Edouard de Reszke et Emma Calvé interprète Le Barbier de Séville, Faust et Carmen en 1899 au Grand Opera House, théâtre ouvert en 1874 à la suite de l’incendie du Royal Lyceum.

Heureusement pour les Torontois, de nombreux groupes et orchestres américains célèbres visitent la ville de plus en plus fréquemment au cours du dernier quart du siècle. Les orchestres dirigés par Patrick Gilmore, Victor Herbert et John Philip Sousa enchantent les publics. La première visite de l’orchestre Theodore Thomas, en 1873, est suivie de celle de nombreux autres excellents groupes. Ainsi, avant la fin du siècle, les 5e (1882), 6e (1892) et 7e (1892) symphonies de Beethoven, le Nouveau Monde (1895) de Dvořák et la 6e (1896) de Tchaïkovski ont été joués dans la ville. Le Concerto pour piano no 4 de Beethoven est également entendu en 1896, tandis que le no 5 est joué en 1882.

Les productions locales d’opéras, toutefois, n’ont aucun succès. Quelques opéras sont présentés en concert, notamment Il Trovatore et La Sonnambula par la Musical Union dirigée par John Carter (1866), mais la seule troupe qui monte régulièrement des opéras est la Holman English Opera Troupe, installée au Royal Lyceum de 1867 à 1873. Après 1910, Toronto est ajoutée au circuit de tournée de la Compagnie d’opéra de Montréal et la San Carlo Opera Company.

St Lawrence Hall

Figures et groupes locaux notables

Malgré le nombre et l’importance des artistes de passage, la plupart des concerts sont donnés par des musiciens locaux. Parmi les figures dominantes du milieu du 19e siècle se distinguent le chef d’orchestre, organiste et compositeur J.P. Clarke; le chanteur J.D. Humphreys; le président de l’Université de Toronto John McCaul; les marchands de musique Abraham et Samuel Nordheimer; les frères Schallehn; l’organiste et chef de chœur John Carter, ainsi que le pianiste et professeur G.W. Strathy. L’existence de groupes locaux remonte au moins à 1822, quand la West York Militia Band a joué pour les célébrations de l’Ordre d’Orange le 12 juillet. Un groupe d’amateurs met sur pied la Toronto Musical Society en 1835 et, en 1840, une Harmonic Society donne des concerts.

Le premier orgue de Toronto est probablement celui de la cathédrale anglicane Saint James, installé vers 1832. À part deux pages de « Bugle Sounds », parues en 1830, le premier recueil de musique publié à Toronto (même s’il est imprimé à New York) est A Selection of Psalms and Hymns (1835) de William Warren. Ces « premières » illustrent l’étroite relation entre la musique et la religion, caractéristique de la situation à Toronto au 19e siècle. La prédilection pour le chant choral et le goût de l’oratorio en résultent. Jusqu’au milieu du 20e siècle, presque toutes les figures dominantes de la vie musicale en général sont aussi celles de la musique religieuse protestante.

Toutefois, la première société chorale et instrumentale d’importance fut la Toronto Philharmonic Society (1845-1847). Le fondateur et mentor de ce groupe et des nombreux autres qui lui ont succédé est John McCaul avec James P. Clarke comme directeur musical. La société connaît des hauts et des bas, tout comme la Toronto Vocal Music Society (1851-1853), la Metropolitan Choral Society (fondée en 1857 par Martin Lazare), la Musical Union (fondée en 1861 par John Carter) et autres groupes. Cependant, ces sociétés font connaître aux auditoires de Toronto de nombreuses ouvertures, symphonies et oratorios du répertoire classique, même si les grandes œuvres sont souvent limitées à des extraits. Il y a cependant des exceptions, notamment le Messie de Haendel, interprété le 17 décembre 1857 par le Sacred Harmonic Choir sous la direction de Carter, et Judas Macchabée sous celle du révérend G. Onions, avec un chœur non mentionné en 1858. À quelques jours l’un de l’autre, en septembre de cette année-là, le Sacred Harmonic Choir dirigé par Carter et la Metropolitan Choral Society sous la direction de Lazare présentent à tour de rôle La Création de Haydn.

Mis à part un corps de musique de la milice volontaire — le Queen’s Own Rifles Canada Band, fondé en 1862 sous la direction d’Adam Maul et toujours actif en 2022 — les seuls ensembles stables à Toronto sont constitués après la Confédération. La Philharmonic Society est réorganisée en 1872 sous la gouverne de J.P. Clarke. Il atteint un haut niveau sous son successeur, F.H. Torrington (1873-1894). La Toronto Choral Society (1879-1891) d’Edward Fischer exerce une influence comparable. De nombreuses autres sociétés voient le jour, disparaissent puis se reforment au cours du dernier quart du siècle, certaines adoptant parfois les noms de leurs prédécesseurs. Outre l’interprétation des grandes œuvres, leur action incluait des rassemblements populaires ouverts à tous ceux qui voulaient apprendre à lire la musique et à chanter.

Parmi les chefs de chœur se sont signalés Humphrey Anger, Arthur E. Fisher, John W.F. Harrison, Elliott Haslam, J.D.A. Tripp et A.S. Vogt. Leurs ensembles font connaître aux Torontois un répertoire vocal très varié, des mélodies pour solistes et chœurs à parties jusqu’aux chefs-d’œuvre de Gounod, Haendel, Haydn, Mendelssohn et Schumann. Les cantates et oratorios reçoivent de la part des citoyens un accueil beaucoup plus chaleureux que les opéras. Comme il faut réunir des orchestres pour présenter des oratorios et autres grandes œuvres, les programmes comportent aussi des ouvertures et même des symphonies et des concertos.

Toutes les tentatives pour former des orchestres réguliers, toutefois, échouent, y compris celles de Strathy en 1867 et de Torrington, en 1877. Torrington parvient à réunir 100 instrumentistes pour le festival de 1886, qui s’avère la plus grande initiative de la Toronto Philharmonic Society. En dépit d’une classe d’orchestre ouverte au Toronto College of Music qu’il dirige, Torrington doit s’en remettre une fois de plus à un ensemble ad hoc pour le festival de 1894, qui marque l’ouverture du Massey Music Hall (plus tard connu sous le nom de Massey Hall, le plus célèbre auditorium du Canada). Un orchestre symphonique de Toronto fondé par Francesco D’Auria en 1891 connaît une brève existence, tout comme le Toronto Permanent Orchestra inauguré avec optimisme par Torrington en 1900.

Toronto doit attendre encore plusieurs années la venue de son premier orchestre permanent, l’orchestre symphonique de Toronto fondé par Frank Welsman en 1908 avec les effectifs du Toronto Conservatory Symphony Orchestra qu’il avait formé deux ans plus tôt. L’orchestre de Welsman présente aux Torontois les symphonies classiques, mais aussi des œuvres de Debussy, Sibelius, Richard Strauss et Wagner. Il accompagne également d’éminents solistes comme Elman, Carreño, Kreisler, Rachmaninov, Schumann-Heink et autres célébrités. La pénurie de musiciens entraîne la disparition de l’orchestre avant la fin de la Première Guerre mondiale.

Au début du 20e siècle, Toronto est à juste titre désignée comme la « capitale du chant choral en Amérique du Nord », réputation fondée sur la création de plusieurs nouveaux chœurs profanes et l’existence d’une foule d’excellentes chorales d’églises. Albert Ham dirige le National Chorus (1903-1928), Edward Broome dirige la Toronto Oratorio Society (1910-1912, 1914-1925), et Herbert M. Fletcher fait de même avec deux chœurs « gradés » fondés en 1904 : la People's Choral Union pour débutants et la Toronto Choral Union (rebaptisée plus tard Schubert Choir) pour choristes expérimentés. Les deux ensembles subsistent jusqu’en 1914. Il y a même un Young Socialist Choir de 1914 à 1917, mais la formation la plus stable et la plus importante est sans conteste le Toronto Mendelssohn Choir. Fondé en 1894 par A.S. Vogt pour chanter des œuvres a cappella, le chœur est dissous en 1897 puis reconstitué avec un effectif plus nombreux en 1900. Après 1904, le chœur se rend fréquemment aux É.-U. où des orchestres américains (ainsi que d’autres grandes chorales) se joignent à lui pour des concerts et des présentations d’oratorios.

Le premier quatuor à cordes de Toronto est probablement celui formé par le violoniste Ferdinand Griebel vers 1856. L’augmentation du nombre des concerts de musique de chambre au cours des années 1880 est une conséquence directe du développement de l’éducation musicale pendant la même décennie. Les musiciens constituant le corps enseignant des conservatoires récemment fondés se groupent en des ensembles tels que le Toronto String Quartet(te) (1884), le Conservatory String Quartette (1901), le Brahms Trio (v. 1909), le Hambourg Trio (1912), l’Academy String Quartet (vers 1912), le Schumann Trio et le Toronto Ladies' Trio. Au nombre des principaux instrumentistes figurent John Bayley, Frank Blachford, Bertha Drechsler Adamson, A.E. Fisher, les frères Hambourg, Heinrich Klingenfeld, Luigi von Kunits, Carl Martens, Leo Smith, Richard Tattersall et Frank Welsman. Quelques concerts de musique de chambre ont lieu sous les auspices du Women’s Musical Club à partir de 1899.

Queen's Own Rifles Band, Toronto, 1909
(Wikimedia Commons)

Éducation musicale

Pendant la plus grande partie du 19e siècle, l’enseignement spécialisé de la musique repose exclusivement entre les mains de musiciens travaillant à titre personnel. En plus de leur enseignement, beaucoup d’entre eux occupent des postes à temps partiel dans des écoles privées. Après 1844, quand Egerton Ryerson devient surintendant en chef de l’éducation dans le Haut-Canada, la musique vocale se voit accorder une place importante dans le programme des écoles primaires publiques. L’école normale de Toronto, ouverte en 1847, nomme un professeur de musique dès 1848. Dans les décennies suivantes, les principaux professeurs de musique à l’école sont H.F. Sefton, S.H. Preston et A.T. Cringan.

L’avènement d’une classe moyenne prospère rend possible l’établissement de conservatoires dont le Conservatoire canadien (1876) est sans doute le premier. Une école de musique dirigée par J. Davenport Kerrison ouvre à sa suite, de 1878 à 1887, mais connaît une brève existence. Fondé en 1886 par Edward Fisher, le Toronto Conservatory of Music change de nom en 1991 pour devenir le Conservatoire royal de musique. Parmi d’autres écoles figuraient le Toronto College of Music, fondé en 1888 par F.H. Torrington, la Metropolitan School of Music instituée en 1893 par W.O. Forsyth et annexée en 1912 à la Canadian Academy of Music (fondée en 1911 et subventionnée par Albert Gooderham), ainsi que le Hambourg Conservatory of Music, fondé en 1911.

Bien que l’Université de Toronto (appelée King’s College jusqu’en 1850) et l’Université de Trinity College ont conféré des baccalauréats en musique dès leurs débuts (à James P. Clarke en 1846 et à G.W. Strathy en 1853), ce n’est que dans les années 1880 (Trinity) et 1890 (Toronto) qu’elles organisent des examens, sans pour autant offrir d’enseignement régulier. En effet, la préparation des candidats est l’apanage de certains conservatoires affiliés.

Fabrication d’instruments et édition musicale

Les fondations jetées dans les années 1840 par des pionniers de la fabrication de pianos tels J. & J. Mead, les frères O’Neill et J.M. Thomas, ainsi que les marchands et éditeurs de musique A.& S. Nordheimer, préparent la suprématie future de Toronto dans ces domaines au Canada. Le premier instrument à clavier fabriqué à York est sans doute « l’orgue de salon, de belle tonalité et agréablement ornementé » mis en vente en 1825 par Richard Coates. Dans la seconde moitié du 19e siècle, Gourlay, Winter & Leeming, Heintzman, Gerhard Heintzman, Mason & Risch, Newcombe et Nordheimer comptent parmi les plus importants facteurs de pianos. Edward Lye, S.R. Warren & Son et R.S. Williams se disputent quant à eux la première place dans la fabrication d’orgues à tuyaux et d’harmoniums. En 1913, le Canadian Courrier avance que « Toronto produit à elle seule plus de pianos que New York, Chicago ou Philadelphie. » Parmi les nombreux marchands de musique qui importent et publient de la musique, la Anglo-Canadian Music Company, Nordheimer, Suckling & Sons et Whaley Royce sont de loin les plus actifs.

Au nombre des journalistes et critiques qui contribuent à répandre le goût de la musique figurent Augustus Bridle, Hector Charlesworth, Edwin Parkhurst et Edward Schuch. Les premiers périodiques canadiens de langue anglaise consacrés à la musique sont publiés à Toronto, notamment Canadian Musical Review (1856) de George F. Graham, Musical Galaxy (1875) et The Musical Journal (1887-1890). Le Canadian Music Trades Journal (1900-1933) et Musical Canada, ce dernier fondé en 1906 sous le nom de The Violin et publié jusqu’en 1933, connaissent une plus longue existence.

De 1919 à 1945

Malheureusement, la Première Guerre mondiale interrompt ou met fin à de nombreuses activités intéressantes. Au cours de cette seconde période de l’histoire de Toronto, la popularité grandissante du phonographe et de la radio, les problèmes causés par la crise économique des années 1930 et une diversité ethnique croissante au sein de la population modifient les priorités de la culture musicale. D’une part, la musique devient un divertissement plus passif, et par ailleurs, de nouveaux standards professionnels apparaissent. Maurice Solway, dans Recollections of a Violinist (p. 17), résume ainsi le climat culturel de la vie au début du siècle : « […] ce qui ne veut pas dire qu’avant l’arrivée des vagues d’émigrants, au début du siècle, Toronto n’avait pas de musique. En fait, une bonne partie de l’interprétation de la musique tombait dans la catégorie de l’amateurisme cultivé et le peu de professionnalisme qu’il y avait trouvait son débouché dans la musique populaire. Les musiques militaires et les harmonies en sont un bon exemple. Par leur attrait, ils transcendèrent réellement toutes les barrières sociales et ethniques. »

Pendant les années 1920, l’accompagnement de films muets, de vaudevilles et d’autres spectacles théâtraux procure un certain emploi aux musiciens d’orchestre, par exemple les productions à grand déploiement de Jack Arthur au Shea’s Theatre à partir de 1918. Dans les années 1930, les films sonores mettent fin aux orchestres dans les cinémas, mais Toronto devient le centre de la radiodiffusion en langue anglaise, assurant ainsi aux musiciens de nouveaux débouchés. Dès 1922, l’orchestre Romanelli participe à une émission, la première au Canada à utiliser un orchestre. Luigi von Kunits, le fondateur du New Symphony Orchestra en 1923 (appelé l’Orchestre symphonique de Toronto après 1927), reconnaît lui aussi le potentiel de la radiodiffusion. Avec des membres de l’Orchestre symphonique de Toronto, il inaugure en 1929 les premières émissions radiophoniques transcontinentales en Amérique du Nord. Son successeur, sir Ernest MacMillan, augmente la durée et le nombre des concerts dans une année et, durant son mandat de 1931-1956, fait de l’orchestre un ensemble de premier ordre. Les autres orchestres de l’entre-deux-guerres sont l’Orchestre symphonique du Toronto Conservatory of Music, dirigé par Donald Heins et plus tard par Ettore Mazzoleni, l’Orchestre symphonique de l’Université de Toronto fondé par John Weinzweig et les Concerts symphoniques Promenade sous la direction de Reginald Stewart.

Musique chorale et symphonique

Tout au long des années 1930, Stewart et MacMillan se font concurrence, à la fois dans la musique symphonique et dans la musique chorale. En plus de diriger l’Orchestre symphonique de Toronto, MacMillan présente chaque année la Passion selon saint Matthieu de Bach avec le chœur du Toronto Conservatory of Music. Stewart et sa Chorale Bach de Toronto donnent quant à eux une représentation annuelle de la Passion selon saint Jean de 1933 à 1941.

Toronto n’accorde plus à la musique chorale l’importance de jadis, mais elle n’en continue pas moins à produire quantité de nouveaux ensembles. De ce nombre, on compte l’Orpheus Society fondée en 1920 par Dalton Baker; le Coliseum Chorus (plus tard Canadian National Exhibition Chorus) sous la direction de H.A. Fricker (1922-1934); les Hart House Songsters and Canadian Singers fondés en 1924 par Campbell McInnes; le Hart House Glee Club (1933-1972); le Bishop Strachan School Chapel Choir (fondé en 1925); la Freiheit Gezangs Farein, formée en 1925 et suivie en 1934 par le Toronto Jewish Folk Choir; les Tudor Singers (1933-1940) et les Saint Mary Magdelene Singers (1939) de Healey Willan; le Toronto Men Teacher’s Choir (1941-1976); et le Harvey Perrin Choir (1944-1956). Quant au Toronto Mendelssohn Choir, dirigé par H.A. Fricker de 1917 à 1942, il continue d’être un des centres de la vie musicale de la ville.

Macmillan, Ernest

Opéra et théâtre musical

Entre les deux guerres mondiales, la San Carlo Opera Company fait de fréquentes visites à Toronto. Les efforts pour fonder sur place une compagnie d’opéra permanente se poursuivent, mais sans résultats. Plusieurs groupes d’amateurs spécialisés dans les productions des opérettes de Gilbert et Sullivan connaissent cependant une stabilité relative, notamment les Savoyards, fondés en 1919 par George et Reginald Stewart, l’Eaton Operatic Society (1931-1965), la Canada Packers Operatic Society (1942-1955) et la Toronto Light Opera Society, fondée en 1943 par Frederick et Howard Mawson.

Mise sur pied par MacMillan à la fin des années 1920, la Conservatory Opera Company du Toronto Conservatory of Music disparaît pendant la crise économique des années 1930. À partir de 1936, l’Opera Guild de Toronto de Harrison Gilmour et la Canadian Grand Opera Association de Braheen Urbane se disputent les auditoires et les fonds. Ces compagnies sont à l’affiche du Royal Alexandra, du Massey Hall et du Maple Leaf Gardens, où ils interprètent plusieurs opéras, dont Aïda, Faust, Cavalleria rusticana, I Pagliacci, Tosca, Rigoletto, Tannhäuser et Lohengrin. La compagnie d’Urbane ne subsiste pas longtemps, mais celle de Gilmour poursuit son activité, quoique sporadiquement, même après le début de la Deuxième Guerre mondiale. Pendant les années 1940, la Rosselino Opera Company vise surtout à former de jeunes interprètes.

Musique de chambre

Moins touchée que l’opéra par les problèmes financiers et plus apte à profiter des avantages de la radiodiffusion, la musique de chambre se porte assez bien. Le quatuor à cordes Hart House (1923-1945) parvient au rang de meilleur ensemble de chambre de son époque au Canada et est l’un des seuls à partir en tournée à l’étranger. Parmi les autres groupes figurent le Five-Piano Ensemble formé en 1926 par Norah de Kresz, Alberto Guerrero, Viggo Kihl, Ernest Seitz et Reginald Stewart; le Conservatory Trio (1926); le nouveau Conservatory String Quartet (1929); le Ten-Piano Ensemble, mis sur pied en 1931 par Mona Bates; la Toronto Chamber Music Society, fondée en 1931 par A.D. Jordan; le New World Chamber Orchestra, fondé et dirigé de 1932 à 1940 par Samuel Hersenhoren; le Canadian Trio, formé en 1941 par Kathleen Parlow, Zara Nelsova et sir Ernest MacMillan; ainsi que le quatuor à cordes Parlow (1941-1958). (Voir Pianistes-duettistes.)

Groupes et concours

Lors de la Canadian National Exhibition (inaugurée sous le nom de Industrial Exhibition en 1879 et rebaptisée CNE en 1904), les fanfares militaires constituent depuis longtemps une attraction principale. A.L. Robertson aide à organiser un concours de fanfares en 1921 et continue à l’administrer pendant près de 40 ans. Les fanfares torontoises de cette période comprennent celles des Queen’s Own Rifles, du Toronto Regiment (dirigée de 1926 à 1958 par Walter Murdoch, responsable du syndicat des musiciens) et du Royal Regiment du Canada. Richard Hayward fonde le Toronto Police Band en 1926 et dirige le Toronto Concert Band de 1925 à 1939. L.F. Addison forme le Toronto Symphony Band en 1935 et John Slatter dirige le 48 th Highlanders Band de 1896 à 1946. Les fanfares participent également au festival de musique Kiwanis, dont le premier a lieu à l’auditorium Eaton en 1944.

Eaton's Auditorium, 2012

Éducation musicale

Beaucoup des musiciens susmentionnés figurent parmi les meilleurs professeurs de l’époque. Quant aux établissements où ils enseignent, la décennie 1920-1930 en est une de maintien et de consolidation des acquis après l’élan des premières années. Réunis en 1918, la Canadian Academy of Music et le Toronto College of Music sont annexés en 1924 au Toronto Conservatory of Music (TCM). Cette dernière relève depuis 1921 du conseil de direction de l’Université de Toronto. Une faculté de musique, inaugurée à l’université en 1918 comme entité distincte du TCM, conserve en fait des liens étroits avec ce dernier, de sorte que de 1918 à 1942, le doyen de la faculté est aussi le directeur du TCM : A.S. Vogt en premier lieu, puis Ernest MacMillan ensuite. Grâce à ces deux postes et à plusieurs autres, MacMillan obtient une position d’influence et de prestige sans précédent dans l’histoire musicale d’une ville au Canada.

À cette époque, l’éducation musicale dans les écoles bénéficie largement des efforts d’A.T. Cringan, Eldon Brethour, Emily Tedd, Duncan McKenzie et d’autres professeurs et cadres.

Chroniques et associations musicales

Les principaux critiques et chroniqueurs musicaux des années 1918 à 1945 à Toronto sont Augustus Bridle au Toronto Daily Star, Lawrence Mason au Globe et Hector Charlesworth au Saturday Night. Bridle fait également œuvre utile en créant, en 1908, l’Arts and Letters Club qui compte dans ses rangs une grande partie des meilleurs musiciens de Toronto. Plusieurs autres organismes voient le jour au cours de cette période : le Canadian Bureau for the Advancement of Music, constitué en 1919, et la Société canadienne des droits d’auteurs (1925-1945, appelée CAPAC par la suite) sont d’envergure nationale. L’Ontario Music Educators' Association (1919) et l’Ontario Registered Music Teachers' Association (1936), des initiatives provinciales, tandis que la Vogt Society (1936) a un rayonnement local.

Édition et enregistrement musicaux

De nouvelles maisons d’édition s’établissent à Toronto, notamment Canadian Music Sales et Gordon V. Thompson. Boosey & Hawkes, basé à Londres, y ouvre une succursale et le bureau torontois d’Oxford University Press crée un département de musique.

Le nombre de fabricants de pianos diminue, mais en 1919 Franklin Legge ouvre une nouvelle fabrique d’orgues. (Voir Fabrique d’orgues.)

À cette époque, Toronto devint également un des centres de l’industrie du disque. Des compagnies d’enregistrement ont des bureaux ou leur siège social canadien à Toronto : Columbia Records (Sony) et Brunswick. Les plus importants luthiers et réparateurs de violons à Toronto sont George Kindness (1911-1960) et George Heinl qui ouvre en 1912 un atelier toujours actif en 1991.

De 1945 à aujourd’hui

Au cours de la période de l’après-guerre, la vie musicale de Toronto s’enrichit en proportion de la remarquable croissance de sa population et de sa prospérité. Toronto bénéficie largement à cette époque du soutien financier accru accordé aux arts, à l’éducation et à la radiodiffusion par les gouvernements. Elle devient aussi un centre du rock et du jazz, avec d’excellentes installations pour la radiodiffusion et l’enregistrement. En outre, l’importante vague de nouveaux immigrants enrichit le milieu musical d’une grande diversité de talents professionnels et de traditions populaires.

Groupes et organisations

Après la Deuxième Guerre mondiale, les meilleurs groupes d’interprètes de la ville, le Toronto Mendelssohn Choir et l’Orchestre symphonique de Toronto, continuent à se produire au Massey Hall, à l’Ontario Place Forum (ouvert en 1971) et ailleurs. En 1956, après sa 25e saison à la tête de l’Orchestre symphonique de Toronto, sir Ernest MacMillan prend sa retraite. Il a pour successeurs Walter Susskind (1956-1965), Seiji Ozawa (1965-1969), Karel Ančerl (1969-1973), Victor Feldbrill à titre de résident pendant deux saisons confiées à des chefs invités (1973-1975) et Andrew Davis (1975-1989), à qui succède Gunther Herbig en 1989. Les deux autres grands ensembles symphoniques de la ville sont l’Orchestre symphonique de la SRC (1953-1964), un orchestre de radio spécialisé dans la musique contemporaine, et la York Concert Society de Heinz Unger (1952-1965), premier orchestre à interpréter Mahler.

D’autres groupes de moindre importance comprennent, à la même époque, le Toronto Women’s Orchestra fondé en 1948 par Harold Sumberg; l’Orchestre Hart House (1954-1971) fondé par Boyd Neel; le CJRT Orchestra (Toronto Philharmonic Orchestra), fondé en 1975 et dirigé par Paul Robinson; l’Amadeus Ensemble, fondé en 1984; et le National Chamber Orchestra of Canada, fondé en 1984 et dirigé par Sasha Weinstangel. Tafelmusik, fondé en 1978 et dirigé par Jean Lamon à partir de 1981, ainsi que l’Esprit Orchestra, fondé en 1984 et dirigé par Alex Pauk, se spécialisent respectivement dans l’exécution d’œuvres sur des instruments d’époque et de musique contemporaine. Des orchestres communautaires tels que l’orchestre symphonique Harmony (formé en 1919 par Arthur Semple), les orchestres symphoniques d’East York et de North York, l’Orchestre philharmonique d’Etobicoke et l’orchestre symphonique de Mississauga contribuent aussi à la vie musicale de la région. (Voir aussi Orchestres.)

Le public torontois soutient un certain nombre de groupes et de sociétés de concerts consacrés à la musique d’avant-garde, tels que ARRAYMUSIC, l’Artists' Jazz Band, le Lyric Arts Trio et Nexus, ainsi qu’aux séries offertes par Ten Centuries Concerts, Isaacs Gallery Concerts (et autres d’Udo Kasemets), New Music Concerts et Music Gallery.

Massey Hall

Musique chorale

Toronto a maintenu son excellente réputation de centre de musique chorale. Elmer Iseler et les Festival Singers (1954-1979) établissent de nouveaux standards de chant choral à Toronto et au Canada, standards repris par les Elmer Iseler Singers (groupe fondé en 1979). Sous la direction d’Iseler, ces chœurs, tout comme le Toronto Mendelssohn Choir, jouissent d’une réputation internationale. Parmi d’autres groupes chorals, on relève les Leslie Bells Singers, le Don Wright Chorus (1957-62), l’Orpheus Choir, fondé en 1964 par John Sidgwick, et le Estonian Mixed Choir de Roman Toi (1957-1972). (Voir aussi Musique estonienne au Canada.) Trop nombreuses pour être citées, les chorales ethniques et les chorales d’écoles et d’églises alimentent la tradition chorale chez les amateurs à Toronto.

Musique de chambre

La musique de chambre prend de l’essor après la guerre, quand le Women’s Musical Club reprend ses séries de concerts (1946), et que Walter Homburger, par le biais de son agence de concerts International Artists, présente des solistes de réputation mondiale. De nombreux ensembles de chambre se forment, parmi lesquels le Sumberg-Ysselstyn-Guerrero Trio (à la fin des années 1940); le quatuor à cordes Solway (de 1947 jusqu’au début des années 1970); le quatuor à cordes Marcus Adeney (dans les années 1950); le quatuor à cordes Dembeck (1950-1961); le quatuor à cordes Spivak (1951-1956); le trio Pack (1955); les Galant Chamber Music Players (fondés en 1956 par Berul Sugarman); le Jack Groob Trio (1956); le quintette à vent de Toronto (1959); le Canadian String Quartet (1961-1963); le Toronto Mandolin Chamber Ensemble de William Kuinka (1964-1969); le quatuor à cordes Orford considéré, du temps où il est actif, de 1965 à 1991, comme le meilleur quatuor du pays; les Chamber Players de Toronto (1968); le Brodie Saxophone Quartet (1972); les York Winds (1972-1988); Camerata (fondé en 1972 par Elyakim Taussig); le trio Ararat, constitué de Gerard Kantarjian, de Gisela Depkat, de Raffi Armenian (de 1973 à 1976); Quatre en Concert de Peggie Sampson (1978; le Faculty Trio de l’Université de Toronto (formé en 1974 par Lorand Fenyves, Vladimir Orloff et Patricia Parr); le trio Gadar (formé en 1976 par Kantarjian, Rivka Golani, alto, et David Miller, violoncelle); le Canadian Brass, qui a quitté Hamilton pour Toronto en 1976; et Amici, formé en 1986 par Parr, avec David Hetherington, violoncelle, et Joaquin Valdepeñas, clarinette.

Parmi les pianistes établis à Toronto au cours de la période de 1950à 1990, Glenn Gould, Oscar Peterson et Anton Kuerti accèdent à la plus grande célébrité aux niveaux national et international. Vivant à Toronto à la même époque, les chanteurs Maureen Forrester, Lois Marshall et Louis Quilico se méritent une réputation mondiale. Parmi d’autres Torontois de marque, citons le pianiste Antonín Kubálek, le clarinettiste James Campbell, les cantatrices Mary Morrison et Patricia Rideout, la claveciniste Greta Kraus, le professeur Boris Berlin, les pianistes-accompagnateurs Leo Barkin et George Brough, les chanteurs folk Buffy Sainte-Marie, Joni Mitchell et Gordon Lightfoot et la chanteuse country Anne Murray.

Gordon Lightfoot

Opéra et théâtre musical

À la fin des années 1940, Herman Geiger-Torel, Nicholas Goldschmidt, Ettore Mazzoleni et Arnold Walter font ce que tous les autres n’avaient pas encore réussi et démarrent une compagnie d’opéra permanente. Comme l’Orchestre symphonique de Toronto, la Canadian Opera Company (COC) trouve ses racines au Conservatoire royal de musique de Toronto. Instituée en 1946, la Royal Conservatory Opera School (University of Toronto Opera Division) forme des chanteurs qui contribuent à la stabilité de la COC et à celle d’autres groupes de Toronto et de compagnies de tout le Canada. Le Canadian Children’s Opera Chorus (1968) participe à plusieurs productions de la COC et d’autres de la région de Toronto.

Parmi les tentatives de l’après-guerre dans le domaine du théâtre lyrique, citons : la CBC Opera Company (1948-1955), Spring Thaw (1948-1971, 1980), Melody Fair (1951-1954), Toronto Opera Repertoire (1968, de Giuseppe Macina), Opera in Concert (1974, de Stuart Hamilton), Co-Opera Theatre (1975, de Raymond Pannell) et Comus Music Theatre (actif de 1975 à 1987), Opera Atelier (établi en 1983), Toronto Operetta Theatre (fondé en 1985, sous la direction artistique de Guillermo Silva-Marin) et Opera Ora Now (fondé en 1988 par Julia Iacono).

Le saviez-vous?
Entre 1955 et 1975, les musiciens de Toronto développent ce que l’on appelle le « son de Toronto ». Il s’agit d’un mélange de rockabilly (Little Caesar and the Consuls, Richie Knight and the Mid-Knights, Ronnie Hawkins and the Hawks), de blues (David Clayton-Thomas and the Shays), de soul et de R&B (Jackie Shane), de rock psychédélique (Kensignton Market, les Mynah Birds) et le reggae (les Rivals, les Sheiks, les Cougars, les Cavaliers). L’influence de ce dernier est également perceptible dans la musique de rappeurs torontois tels que Maestro Fresh Wes et Kardinal Offishall et de chanteurs R&B tels que Deborah Cox et Jully Black. Plus récemment, le son de Toronto a servi à désigner le hip-hop sombre, introspectif et imprégné de R&B des superstars mondiales Drake et The Weeknd. Il se caractérise par ce que Vice a appelé une « sensualité glaciale et détachée [qui] […] communique un sentiment de fraîcheur, mais aussi d’émotion intense que les autres scènes régionales ne peuvent imiter ».


Une fresque peinte sur la façade d’un immeuble du centre de Toronto et commémorant la scène musicale de la rue Yonge des années 1960.

Salles et séries de concerts

Les concerts de plus en plus nombreux à Toronto profitent de nouvelles salles, notamment le MacMillan Theatre et le Walter Hall dans l’édifice Edward Johnson de l’Université de Toronto, ainsi que le Town Hall du Saint Lawrence Centre. Le Roy Thomson Hall, une nouvelle salle destinée à accueillir les grands événements du Massey Hall, ouvre ses portes en 1982. La restauration des théâtres Elgin, Winter Garden et Pantages offre de nouveaux emplacements pour les concerts. En outre, la CBC ouvre également son nouveau siège social, qui contient d’excellents studios, sur la rue Front en 1992.

En dépit de nombreuses tentatives, un festival de musique annuel et permanent n’avait pas encore été institué en 1990, mais la ville a cependant bénéficié de nombreux festivals consacrés à des compositeurs comme Bach, Beethoven, Brahms, Mendelssohn, Messiaen, Mozart, Schubert. Il y eut toutefois dans d’autres domaines des festivals d’interprétation de longue durée, tel le Toronto May (ou Spring) Festival au Massey Hall créé en 1886 pour les chorales et groupes d’interprétation des écoles publiques de la ville, les festivals de groupes ethniques : lettons, chinois et antillais (Caribana), les célébrations multinationales annuelles de Caravan instituées en 1969 et le Festival de folklore Mariposa. Il y a aussi de nombreux événements spéciaux dignes d’intérêt, du Toronto Musical Festival de 1912 au Festival choral international 1989.

Roy Thomson Hall

Éducation musicale

Après la Deuxième Guerre mondiale, l’enseignement est réorganisé et amélioré dans tous les secteurs de la musique. De nouveaux programmes de musique à l’école, qui contribuent à accroître le nombre de professeurs, élèves et candidats en interprétation, sont mis au point par C. Laughton Bird, Keith Bissell, Jack Dow et Harvey Perrin aux niveaux primaire et secondaire, et par Robert Rosevear au niveau postsecondaire. Afin de satisfaire l’intérêt croissant pour l’accordéon, la guitare, le saxophone et la flûte à bec, Eric Mundinger, Eli Kassner, Paul Brodie et Hugh Orr ouvrent des écoles ou des studios privés et Joseph Macerollo crée des cours d’accordéon chromatique au Conservatoire royal de musique de Toronto.

Ce dernier et la faculté de musique de l’Université de Toronto déménagent dans des locaux plus spacieux et, en 1968, un nouveau département de musique est mis sur pied à l’Université York. Les responsables de ces écoles sont Ettore Mazzoleni, Arnold Walter, Boyd Neel, John Beckwith, Gustav Ciamaga, Carl Morey, David Ouchterlony, Ezra Schabas, Robert Dodson, Gordon Kushner et Peter C. Simon, et, à l’Université York, Austin Clarkson, Sterling Beckwith, Alan Lessem, James McKay et David Mott. Les collèges communautaires tels que George Brown, Humber et Seneca commencent aussi à offrir des programmes d’études musicales et à présenter des événements spéciaux. Le programme de jazz du Humber College est d’ailleurs maintenant reconnu comme l’un des meilleurs programmes de musique du pays. Les bibliothécaires Jean Lavender, Kathleen McMorrow, Ogreta McNeill et Isabel Rose, aidés par l’archiviste du son et discographe James Creighton, ont légué à Toronto de riches documents sonores et travaux musicologiques canadiens.

Le festival Kiwanis et les compétitions annuelles de la CNE ont continué à fournir aux chorales et ensembles instrumentaux des écoles, aux élèves de chant et instrumentistes de tous niveaux des occasions d’évaluer leur compétence par le biais de concours. Inauguré en 1972 à la CNE, le National Competitive Festival of Music (Festival national de musique CIBC) a offert aux grands gagnants du Kiwanis et des autres festivals-concours du Canada une chance de concourir en vue de plus hautes distinctions.

Noyau de l’activité musicale dans tous les genres — classique, avant-gardiste, religieux, pop, jazz, commercial — au Canada anglais, Toronto abrite les sièges sociaux de nombreux organismes artistiques, une concentration jugée excessive par quelques critiques. Toronto est en 1990 le site des bureaux nationaux de l’AOC, de la Ligue canadienne des compositeurs et du Centre de musique canadienne, de l’Association canadienne des éditeurs de musique, de l’Académie canadienne des arts et des sciences de l’enregistrement, du Canadian Bureau for the Advancement of Music, de l’ONJ et de la SOCAN; Toronto est pendant des années le siège de la CCA et du Conseil canadien de la musique. Plusieurs organismes provinciaux y établissent aussi leurs quartiers généraux, notamment le CAO, la Fédération chorale de l’Ontario, la FOSO et Prologue to the Performing Arts.

Canadian Music Centre

Compositeurs notables

Parmi les compositeurs qui résident à Toronto après la Deuxième Guerre mondiale, mentionnons Lucio Agostini, Robert Aitken, Louis Applebaum, John Beckwith, Norma Beecroft, Keith Bissell, Walter Buczynski, Gustav Ciamaga, Michael Colgrass, Gordon Delamont, Samuel Dolin, John Fodi, Harry Freedman, Srul Irving Glick, John Hawkins, Udo Kasemets, Talivaldis Kenins, Lothar Klein, Edward Laufer, Alexina Louie, William McCauley, Ben McPeek, John Mills-Cockell, Oskar Morawetz, Phil Nimmons, Raymond Pannell, Alex Pauk, Tibor Polgar, Godfrey Ridout, Harry Somers, Ann Southam, Morris Surdin, Norman Symonds, John Weinzweig et Healey Willan. Parmi eux, Applebaum, Bissell, Buczynski, Glick, Mills-Cockell, Pauk, Ridout, Somers, Surdin et Weinzweig sont torontois de naissance.

Édition et enregistrement musicaux

Les maintes facettes de la vie musicale de la cité ont été commentées par des critiques tels John Beckwith, Leslie Bell, Robert Everett-Green, Udo Kasemets, John Kraglund, William Littler et Kenneth Winters.

Toronto est considérée comme un grand centre de l’édition musicale, bien qu’elle ait surtout dominé la distribution de produits importés. Cela étant dit, les succursales récemment établies de firmes étrangères telles que Chappell & Co. (Warner/Chappell), Leeds Music et G. Ricordi & Co. font leur part dans le domaine des publications canadiennes. De nouveaux éditeurs apparaissent : Berandol Music, Jarman Publications et E.C. Kerby. Berandol est précédée par BMI Canada et celle-ci, bien qu’étant à l’origine une association de droits d’exécution (plus tard SDE Canada), compile au cours des années 1947 à 1965 le plus important catalogue de musique canadienne imprimée. On constate un déclin dans ce domaine vers 1970 et en 1991, quelques éditeurs seulement restent en activité. Beaucoup de compagnies de phonographes et d’enregistrements actives au cours de ce siècle ont des bureaux à Toronto. En plus de Columbia et Brunswick déjà citées, mentionnons Quality Records (1950), Beaver (1950), Hallmark (1952), Disques Capitol (1954), Rococo (milieu des années 1950), Arc (1958), Canadian Talent Library (1962), Nimbus 9 (1968), GRT (1969), A & M (1970), True North (1970), Boot (1971), Attic (1974), Berandol (1975), Centredisques (1981) et Duke Street Records (1983). Dans les années 1970, Toronto est devenue un centre d’enregistrement en studio de calibre international.

Musiciens notables nés à Toronto

John, Murray, et Frances Adaskin

Natalie Kuzmich

Lillian Allen

Geddy Lee (voir Rush)

Archie Alleyne

Beatrice Lillie

Christopher Allworth

Russ Little

Tommy Ambrose

Ruth Lowe

Charlie Angus

John MacLeod

Louis Applebaum

Maestro Fresh Wes

Ammoye

Raine Maida (voir Our Lady Peace)

Bahamas

Timothy Maloney

Carroll Baker

Rika Maniates

Terence Bailey

David Martin

Gerald Bales

Bruce Mather

Leslie Barber

Howard et Elizabeth Mawson

Brian Barley

Peter McCoppin

Milton Barnes

Murray McEachern

Ewart Bartley

Goldy McJohn (voir Steppenwolf)

Emilie-Claire Barlow

Ellis McLintock

Dave Bidini (voir Rheostatics)

Elma Miller

Lois Birkenshaw-Fleming

Mark Miller

Jully Black

Cynthia Millman Floyd

Stuart Broomer

Ed Moogk

Jane Bunnett

Mavor Moore

Edmund Burke

Carl Morey

John Burke

Anne Marie Moss

Allan Burt

Earle Moss

Howard Cable

Warren Mould

Elizabeth Campbell

Alfie Noakes

Brendan Canning (voir Broken Social Scene)

Albert et Gerald Nordheimer

Tommy Common

Kardinal Offishall

John Coveart

Hugh Orr

Deborah Cox

Joseph Pach

Bertha Crawford

Mary Ann Parker

Paul Crawford

Patricia Parr

Alan Crofoot

Alex Pauk

Bruce Davis

Peaches

Gordon Day

Kenneth Peacock

Alan Detweiler

John Perrone

Victor Di Bello

Albert Pratz

John Dodington

Percival Price

Robert Donnell

George Proctor

Wray Downes

Dodie Protero

Drake

Joel Quarrington

Kevin Drew (voir Broken Social Scene)

John Rea

Margaret Drynan

Robert Reid

Tomas Dusatko

Jack Richardson

Gil Evans

Lelet Richardson

Percy Faith

Doug Riley

Mary Lou Fallis

Catherine Robbin

Robert et Dennis Farnon

Robbie Robertson

Victor Feldbrill

Ted Roderman

Ferron

Ivan Romanoff

Clifford Ford

Dorothy Setler-Glick

James Gayfer

Paul Scherman

Steven Gellman

Suzanne Shulman

Hyman et Erica Goodman

Barbara Shuttleworth

Evelyn Gould

Gordon Slater

Glenn Gould

Lou Snider

Setra Graham

Michael Snow

Teresa Gray

Stanley Solomon

Marian Grudeff

Douglas Stanbury

Susie Frances Harrison

Steven Staryk

Samuel Hersenhoren

Albert Steinberg

Dan Hill

Fred Stone

Eugene Hill

Teresa Stratas

John Hodgins

Joyce Sullivan

Margaret Huston

Carl Tapscott

Daryl Irvine

Earle Terry

Harold Jarvis

Graham Townsend

Cliff Jones

Malcolm Troup

Eugene Kash

Riki Turofsky

Mart Kenney

Denny Vaughan

Nicholas Kilburn

Ruth Watson Henderson

Michael Kilburn

The Weeknd

Paul Kilburn

Valerie Weeks

Warren Kirkendale

Kenny Wheeler

Moe Koffman

Charles Wilson

Ida Krehm

Neil Young

Gary Kulesha

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