Le jour de Noël 1895, un jeune homme a été atteint d’une balle à la jambe lors d’une altercation à Montréal. Son chirurgien n’a pas été en mesure de repérer la balle au point d’entrée. La victime a peu à peu commencé à ressentir les effets de la blessure, et le chirurgien s’est alors demandé si une nouvelle découverte révolutionnaire, la radiographie, ou imagerie par rayons X, permettrait justement de localiser le projectile. Il a alors demandé l’aide de John Cox avec qui il a effectué la première radiographie médicale au Canada le 7 février 1896. C’est ainsi qu’on a adopté et diffusé à grande échelle un nouveau mode de diagnostic et de traitement des patients au Canada.

Contexte
Le 8 novembre 1895, le physicien allemand Wilhelm Conrad Röntgen (1845-1923) découvre, dans son laboratoire de Würzburg, un rayon d’un nouveau type qu’il appelle provisoirement « X » du fait que sa nature est inconnue. Il constate que les rayons X peuvent pénétrer la matière solide et, en décembre 1895, il tire une radiographie brute, mais tout à fait reconnaissable d’une main humaine, attribuée à son épouse Anna Bertha. La découverte de Röntgen fait la première page du journal Die Presse de Vienne le 5 janvier 1896 et fait sensation partout dans le monde en quelques jours seulement. Les pays développés comptent alors des laboratoires de physique pour la plupart équipés des tubes à gaz et des bobines d’induction nécessaires à la production de rayons X. Peu après la publication de la nouvelle, des scientifiques d’Europe et d’Amérique du Nord reproduisent les découvertes de Röntgen. La première radiographie médicale au Canada est réalisée à l’Université McGill à Montréal par le physicien John Cox le 7 février 1896.

John Cox et la première radiographie médicale au Canada
John Cox (1851-1923), alors directeur du laboratoire de physique Macdonald de l’Université McGill, avait assemblé un appareil capable de produire des rayons X au début de février 1896 et de tirer d’excellentes images des mains de ses assistants de laboratoire (voir aussi Physique). Parallèlement, Robert Kirkpatrick, chirurgien à l’Hôpital général de Montréal, s’occupe d’un jeune patient, Tolsen Cunning, victime d’une balle à la jambe des suites d’une altercation le jour de Noël 1895. Le chirurgien est incapable de repérer la balle par sonde, et la blessure s’est donc cicatrisée avec la balle encore dans la jambe. Lorsque la blessure commence à causer des ennuis à son patient, le médecin consulte John Cox pour voir s’il serait possible de repérer la balle au moyen des rayons X. Prêt à relever le défi qu’on lui propose, John Cox immobilise le membre de la victime et l’expose aux rayons pendant 45 minutes. Comme le rapporte le lendemain le New York Journal, après le développement de l’image dans la chambre noire, le professeur revient avec le sourire au visage, signe que l’expérience est un franc succès.
John Cox discerne la balle, aplatie et logée dans les tissus mous du mollet, entre le tibia et la fibula, 3 cm en dessous de son point d’entrée. Robert Kirkpatrick réussit à enlever la balle, et son patient quitte l’hôpital après 10 jours de convalescence. Les deux hommes font part de leurs conclusions dans le numéro de mars 1896 du Montreal Medical Journal. Tolsen Cunning poursuit ensuite son agresseur, George Holder, et la plaque de rayons X est présentée au tribunal comme élément de preuve. Ainsi, la radiographie réalisée par John Cox le 7 février 1896 est considérée comme la première radiographie clinique réalisée au Canada, la première en Amérique du Nord à être utilisée comme traitement adjuvant et peut-être la première au monde à être utilisée dans une poursuite judiciaire. John Cox et son collègue physicien, Hugh Callendar, professeur de physique expérimentale au laboratoire Macdonald, poursuivent quelque peu leurs premières expériences avec les rayons X, mais passent rapidement à autre chose. Malgré son importance historique, la plaque n’existe plus aujourd’hui.

Essor de la radiologie au Canada
C’est un groupe plutôt hétérogène qui s’occupe de la radiologie au début : médecins, physiciens, ingénieurs, photographes, électriciens et autres personnes ayant une formation technique et un accès au matériel capable de produire des rayons X. Les radiographies attirent l’attention des gens au point où quelqu’un ayant la fibre entrepreneuriale, mais dont l’identité s’est perdue au fil du temps, décide de faire des radiographies des mains de passants curieux sur la rue Yonge à Toronto en 1896. C’est ainsi qu’on se rend compte qu’il peut être néfaste pour les tissus de rester exposés longtemps aux rayons X et qu’il faut donc se protéger. La Commission internationale de protection radiologique voit alors le jour en 1928. C’est par son influence que sont créées les premières recommandations canadiennes sur la radioprotection vers 1945.
Bien que la population du Canada ne soit pas très élevée à l’époque de Wilhelm Conrad Röntgen et que l’information ne circule pas aussi facilement, des médecins de chaque province voient que les rayons X améliorent les diagnostics médicaux et leur permettront d’acquérir de nouvelles connaissances médicales. Ces premiers experts se font alors appeler des radiologues (ou même roentgenologists en anglais). Le professeur Gilbert Girdwood (1832-1917), chirurgien anglais, est nommé premier directeur du nouveau service d’entretien de l’équipement médical électrique à l’hôpital Royal Victoria de Montréal en 1901. Il est considéré comme le premier radiologue canadien et l’ancêtre de la radiologie canadienne.
Les radiologues néophytes vont d’abord se faire instruire au Québec et en Ontario, mais, dans les années qui suivent, il y a de plus en plus de personnes capables d’interpréter adéquatement les radiographies dans toutes les provinces, souvent sous l’impulsion d’un événement extérieur. Par exemple, en Alberta, les premières radiographies ont lieu à Medicine Hat pour les employés du chemin de fer du Canadien Pacifique. En Nouvelle-Écosse, il devient urgent de pouvoir adéquatement soigner les gens et faire des diagnostics à l’aide des rayons X suivant l’explosion d’Halifax. L’Association canadienne des radiologues (ACR), fondée en 1937, fait pression et obtient la reconnaissance officielle de la radiologie diagnostique au titre de spécialité médicale distincte auprès du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, qui supervise la formation des spécialistes du domaine de la médecine au Canada. Selon le dernier sondage de l’Association médicale canadienne réalisé en 2019, il y aurait 2 602 radiologues en exercice au Canada. La médecine nucléaire, petite sœur de la radiologie, est une spécialité dans laquelle on utilise des traceurs radioactifs émettant des rayonnements gamma pour diagnostiquer et traiter des maladies (voir aussi Médecine contemporaine). Certains radiologues ont aussi une formation en médecine nucléaire.
Imagerie médicale
Dans la deuxième moitié du 20e siècle, avec l’avènement de l’électronique numérique et des micro-ordinateurs puissants, de nouvelles méthodes d’observation du corps humain voient le jour, en l’occurrence les ultrasons, la tomodensitométrie, l’imagerie par résonance magnétique, la tomographie par émission de positrons et les combinaisons entre différentes méthodes (tomographie par émission de positrons et tomodensitométrie, par exemple). De ces méthodes, seule la tomodensitométrie utilise les rayons X, et c’est pourquoi la radiologie, l’étude des rayons, est souvent appelée imagerie corporelle ou imagerie médicale. Ce sont aujourd’hui des éléments de base dans les soins médicaux perfectionnés au Canada.
Enseignements
À l’aube du 21e siècle, le prestigieux New England Journal of Medicine publie la liste de ce que ses rédacteurs considèrent comme les plus grandes réalisations de la médecine au cours des 1 000 dernières années. L’imagerie médicale arrive en huitième position sur les onze inventions de la liste. On peut se demander si Wilhelm Conrad Röntgen, un homme somme toute modeste et introverti, aurait pu prévoir en 1895 tout l’engouement qu’allait susciter sa découverte parmi les scientifiques et amateurs et la révolution de la médecine qui s’en est suivie. En reconnaissance de sa grande découverte, il reçoit le premier prix Nobel de physique en 1901 (voir aussi Les prix Nobel et le Canada).