Art autochtone au Canada | l'Encyclopédie Canadienne

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Art autochtone au Canada

L'histoire de l'art autochtone au Canada remonte à un moment quelconque de la dernière époque glaciaire, il y a environ 80 000 à 12 000 ans (voir Préhistoire). À ce jour cependant, les objets d'art comptant parmi les plus anciens (sauf des outils de pierre finement ouvragés et présentant une valeur esthétique) remontent au plus à 5000 ans. Par exemple, on a découvert des sculptures décoratives et figuratives des périodes les plus anciennes dans la région du Bas-Fraser en Colombie-Britannique, et on en a trouvé d'autres dans plusieurs régions du Canada. Le développement de l'art autochtone au Canada est plus complexe à bien des égards que celui des colons européens, dont l'arrivée est relativement récente. On peut le diviser en trois périodes distinctes : l'art préhistorique, l'art de l'époque qui suit le contact ou l’art « historique » et l'art autochtone contemporain.

Amulette de chaman (Haidas)
Amulette en os, oeuvre des Haidas des îles de la Reine-Charlotte, en Colombie-Britannique (avec la permission du Musée Royal de l'Ontario).
Sommet de coiffure
Sommet de coiffure en bois et en oreille de mer; Tsimshian, Colombie-Britannique (avec la permission du Provincial Museum of British Columbia).
Masque lunaire
Masque lunaire en bois, îles de la Reine-Charlotte, en Colombie-Britannique, fait par les Haidas (avec la permission des Musées nationaux du Canada).
Casque de la grenouille volante
Casque de la grenouille volante, en bois; Tsimshian, du milieu du XIXe siècle (avec la permission des Musées nationaux du Canada).
Parflêche en cuir
Parflêche en cuir, vers 1930, Sud de l'Alberta, fait par les Gens-du-Sang (avec la permission du Glenbow Museum).
Manteau d
Manteau d'été fait de peau, porté par les chasseurs naskapis des terres intérieures de la péninsule Québec-Labrador (avec la permission des Archives nationales du Québec).
Fusaiole
Fusaiole de bois, oeuvre des Cowichans, île de Vancouver, Colombie-Britannique (avec la permission des Musées nationaux du Canada).

Art autochtone

Comme les historiens de l’art des Premières Nations et des Inuits doivent s’en remettre largement aux découvertes archéologiques pour étudier la période préhistorique, le travail des ethnographes, des ethnohistoriens et des archéologues historiques (qui étudient l’histoire et l’évolution des cultures autochtones en analysant des documents, des cartes et une variété d’artefacts) est d’une importance vitale pour la connaissance de l’histoire de l’art autochtone. Ces scientifiques tentent de montrer qu’une interprétation juste du sens et de la fonction des œuvres d’art autochtones dépend de la compréhension et de la prise en compte des modes de vie, des valeurs esthétiques et des principes des peuples eux-mêmes.

Les ethnohistoriens examinent les sources visuelles et les documents écrits anciens tels que les cartes, les peintures, les journaux de bord des capitaines et les récits d’explorateurs, de marchands et de voyageurs. Ces documents permettent ainsi aux spécialistes de retracer l’histoire des peuples autochtones au Canada, depuis le contact initial jusqu’au 21siècle. Les spécialistes en archéologie historique ont fouillé des sites de l’époque postérieure à la prise de contact qui ont démontré la séquence chronologique précise de l’interaction entre les Autochtones et les Européens ainsi que des signes témoignant de l’introduction de nouveaux matériaux, techniques et méthodes de travail chez les artistes et artisans autochtones.

Art préhistorique

L’art préhistorique est la période d’art autochtone la moins connue au Canada : la fin de cette période varie de région en région. Bien que les premiers contacts avec des colons français dans les maritimes et dans la vallée du Saint-Laurent datent du 16e siècle, les Premières nations de la côte ouest ne voient leurs premiers Européens qu’au 18e siècle.

L’art préhistorique varie non seulement en genre, en style, en fonction, en imagerie et en sens d’une région à l’autre, mais subit également des changements importants d’une période à l’autre. Ces mutations s’accélèrent presque partout au Canada après l’an 1000 avant notre ère suite à : l’apparition de l’agriculture et de la vie de village organisée dans les forêts de l’Est des États-Unis et finalement au Mexique, où les civilisations du Nouveau Monde se développent de façon indépendante de celles de l’Ancien.

Il existe plusieurs manifestations extraordinaires d’art préhistorique au Canada. La culture marpole (500 avant notre ère - 500 de notre ère), qui a son centre dans le delta du fleuve Fraser et les îles Gulf avoisinantes de la côte sud de la Colombie-Britannique, a laissé une grande variété de sculptures en pierre et en os (contenants pour les cérémonies, effigies et ustensiles) qui laissent prévoir le style et l’iconographie de l’l’art autochtone de la côte nord-ouest de l’époque postérieure à la prise de contact.

La culture haudenosaunee de l’époque précédant le contact (900-1600 de notre ère) dans le sud de l’Ontario (les ancêtres des Wendats, des Pétuns et des Neutres) produit une poterie d’une haute qualité technique et de beaux effets visuels avec ses motifs géométriques et figuratifs. L’art haudenosaunee de la vallée du Haut-Saint-Laurent est remarquable pour ses pipes à effigie en argile et en pierre présentant une variété de formes et d’iconographies. Les têtes et les tuyaux de pipe sont sculptés ou modelés en haut-relief et incrustés d’images humaines et zoomorphes de lézards, de tortues et d’oiseaux, tous des animaux dotés d’une puissance considérable dans l’iconographie de l’art religieux des Grands Lacs. Ces petits chefs-d’œuvre remplissaient une fonction sacrée : la consommation rituelle du tabac liée aux croyances spirituelles des Premières Nations.

La découverte, la connaissance et la datation approximative d’œuvres d’art préhistoriques reposent sur des fouilles méticuleuses et une interprétation prudente. Les récentes découvertes importantes révèlent un personnage minuscule, mais sculpté avec recherche, trouvé au site Glenrose près de l’embouchure du cours inférieur du Fraser en Colombie-Britannique. Cette petite figurine de merrain, qui a pu servir de poignée pour un outil de sculpteur, remonte à environ 4000 ans et constitue la preuve de l’existence d’un art de la côte nord-ouest présentant des caractéristiques formelles typiques à cette période historique.

D’autres découvertes incluent la localisation dans le Nord-Ouest de l’Ontario de ce qui pourrait être la plus ancienne œuvre d’art au Canada, soit un site pétroglyphique peut-être vieux de 5000 ans; une sculpture d’un visage humain souriant datant de 5000 à 3000 avant notre ère, trouvée à Côteau-du-Lac, près du Saint-Laurent, dans le sud-ouest du Québec; et la confirmation que les formes artistiques spectaculaires de la côte de la Colombie-Britannique, plus spécialement les totems, ne sont pas le produit du contact avec les Européens, comme on le pense d’abord, mais sont le résultat d’une évolution continue sur place qui remonte à au moins 2500 ans. Comme les sols humides et acides de la majeure partie du nord du Canada ne permettent pas la conservation des œuvres d’art en bois, en fibre, en peau ou en d’autres matériaux périssables, une grande partie de l’art préhistorique canadien a été perdu. L’art rupestre demeure une exception majeure : des peintures en ocre rouge et des sculptures incrustées à même des surfaces naturelles de pierre (voir Pictogrammes et pétroglyphes).

Art de l’époque postérieure à la prise de contact

L’art de l’époque postérieure à la prise de contact ou « historique » au Canada est bien connu, grâce surtout aux spécimens que les explorateurs, les marchands, les missionnaires, les artistes et les spécialistes recueillent, dont ils font des croquis, sur lesquels ils écrivent depuis plus de 300 ans et qui se trouvent maintenant dans divers musées du monde entier. La distribution et le caractère culturel des groupes autochtones au début de la période de contact servent habituellement de fondement à la division de l’art autochtone en diverses régions, mais cet accent sur le « présent ethnographique » conduit à une perspective figée du temps, une vue erronément étroite de la profondeur historique du temps, de la diversité et de la richesse de l’histoire de l’art autochtone.

On peut classer l’art autochtone de l’époque postérieure à la prise de contact au Canada en sept divisions régionales : le subarctique de l’Est (l’est du Bouclier canadien), le subarctique de l’Ouest (l’ouest du Bouclier canadien et le bassin hydrographique du Mackenzie), le sud des Grands Lacs et la vallée du Haut-Saint-Laurent, les Prairies (le sud du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta), le Plateau (l’intérieur du sud de la Colombie-Britannique), la côte nord-ouest (la côte de la Colombie-Britannique) et l’Arctique (le littoral arctique et les îles près du littoral à l’est de Terre-Neuve).

Le subarctique de l’Est

Situé dans l’est du bouclier canadien (du nord du Québec au Labrador et de la baie d’Hudson à la baie James), l’art du subarctique de l’Est est peut-être le plus ancien au Canada. On y trouve la plupart des sites d’art rupestre préhistorique et du début du contact. La grande partie des peuples de langue algonquienne (les Ojibwés, les Nehiyawak (Cris), les Algonquins, les Odawas, les Innu (Montagnais-Naskapi) et les Mi’kmaq et les Wolastoqiyik (Malécites) du sud des Maritimes) mènent une existence nomade reposant sur la chasse, la pêche et la cueillette de fruits sauvages jusqu’à tard au 19e et même au 20e siècle.

L’art des Micmacs et des Malécites de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick demeure distinct jusqu’à tard au 20e siècle. Les Micmacs sont réputés pour leurs broderies en poil d’orignal et leurs décorations en piquants de porc-épic sur les écorces de bouleau et la vannerie ainsi que sur les vêtements en tissu et en peau. Les femmes micmacs ainsi que celles d’autres nations aiment bien les perles de verre apportées par les commerçants européens comme substituts aux piquants de porc-épic et au poil d’orignal, plus difficiles à utiliser.

L’utilisation des perles, riches en couleurs et variées par la grosseur et la transparence, modifie inévitablement le caractère esthétique du dessin micmac. L’art des femmes micmacs dans les décorations de piquants de porc-épic, de poil d’orignal et de perles est largement bidimensionnel, séculier par sa fonction et de style abstrait, à la différence de celui des hommes qui travaillent en trois dimensions avec des matériaux plus résistants comme le bois ou la pierre.

Une des caractéristiques bien connues des motifs graphiques des Micmacs est ce que l’on appelle habituellement la « double courbe ». Elle consiste en un arrangement symétrique de deux courbes ou spirales opposées l’une à l’autre et évoquant des formes de plantes. Elle apparaît comme l’élément fondamental de la plupart des motifs bidimensionnels du subarctique de l’Est et devient très élaborée chez les Algonquins et les Haudenosaunee de la région des Grands Lacs. Même si l’enseignement par les Ursulines des travaux à l’aiguille aux jeunes filles autochtones a pu l’influencer, le modèle s’enracine dans la culture existante, parce que les plantes et leurs propriétés médicinales et magiques occupent une place importante dans les croyances des Autochtones du subarctique et les pratiques chamanistes à base d’herbes.

L’art des nomades innus se distingue aussi par ses motifs bidimensionnels. Il convient surtout de mentionner les pelisses en peau de caribou, gravées et peintes de dessins géométriques linéaires et de motifs à double courbe. Dans toute la région subarctique et les territoires des Grands Lacs, la couleur rouge joue un important rôle symbolique comme expression du renouvellement de la vie et de la continuité de la force vitale tant chez les humains que chez les animaux.

Les Ojibwés de la partie subarctique de l’Ontario et du Manitoba sont connus pour leurs nombreux styles d’art distinctifs. Les œuvres des femmes ojibwées présentent les mêmes caractères que beaucoup d’autres réalisées dans toute la région subarctique, aux plans de la technique, de la fonction et du genre : des ornements de perles et de piquants de porc-épic sur les vêtements, l’écorce et la vannerie, à motifs géométriques ou floraux. Les hommes ojibwés, responsables des travaux à vocation sacrée et cérémonielle, réalisent un art hautement symbolique, figuratif et documentaire. L’art sacré est destiné à revêtir des significations spécifiques, à représenter les aides spirituels et à enregistrer les expériences et les événements rituels et mythologiques.

Cette division des tâches en matière d’art semble avoir été le modèle général d’Amérique du Nord : les hommes créent des œuvres publiques ayant une fonction religieuse et cérémonielle, tandis que les femmes se livrent à un art personnel, avant tout pour le simple plaisir visuel ou la « beauté », mais en utilisant souvent des motifs symbolisant des concepts spirituels et cosmologiques, tels que les Quatre Quarts ou les éclairs en zigzag de l’Oiseau-tonnerre. La plus grande partie de l’art rupestre de l’Ontario et du Manitoba provient des guérisseurs ojibwés (ou Chamans), qui y consignent leurs rencontres visionnaires avec les esprits jusqu’à tard au 20e siècle.

Les récits sacrés inscrits sur de l’écorce de bouleau sont une des plus importantes formes d’art religieux ojibwé de l’époque historique. Il s’agit de pièces d’écorce rectangulaires de plusieurs centimètres à trois mètres de longueur, sur lesquelles on grave des images hautement symboliques et ésotériques, grâce à une technique de fines lignes presque imperceptibles. Ces récits servent de documents sur les traditions religieuses ou d’aide-mémoire pour les cérémonies rituelles. Les plus détaillés, les plus importants et les plus précieux sont ceux de Midewiwin ou des Grand Medicine Society, une société masculine fermée dont les rites d’initiation étaient décrits par de tels dessins sur des rouleaux d’écorce de bouleau.

L’art des Cris de la région subarctique est celui qu’on a le moins étudié à ce jour. Le sens artistique des Cris se manifeste dans des décorations raffinées faites de piquants de porc-épic et de broderies en poil d’orignal et qui sont réputées pour la perfection de leur technique et l’harmonie délicate de leurs couleurs. Chasseurs nomades menant une existence précaire sous un climat rigoureux, de l’est de la baie James au nord de la Saskatchewan et de l’Alberta, les Cris doivent porter leurs biens sur eux, de sorte que certains vêtements, surtout les pelisses peintes et brodées, les mocassins et les moufles, sont devenus une forme d’expression esthétique personnelle. Les objets d’art sacré, par exemple les tambours peints des chamans et les peaux d’animaux cérémonielles réalisés avec des motifs symboliques, sont moins connus mais demeurent tout aussi importants comme objets esthétiques autant chez les Cris que les Ojibwés.

Subarctique de l’Ouest

De l’océan Pacifique au centre du pays, le très vaste subarctique de l’Ouest est peuplé en grande partie par les peuples athapascans. Les peuples de langue athapascane (voir Nation dénée) partagent une culture et un art semblables à ceux de leurs voisins du subarctique de l’Est, les Cris, les Haudenosaunee et les Ojibwés. Leur art s’exprime surtout dans la décoration de leurs biens et de leurs vêtements personnels. Ils ornent ainsi les peaux de caribou et d’orignal de piquants de porc-épic, de broderies en poil d’orignal, de perles et de fil commercial, composant des motifs géométriques et floraux. En comparaison avec les groupes du Sud, comme les Ojibwés et les Haudenosaunee, les broderies des Autochtones de la région subarctique témoignent d’un sens délicat des couleurs et d’une précision exquise du dessin.

Sud des Grands Lacs et la vallée du Haut-Saint-Laurent

De la fin de l’ère préhistorique au début de la période historique, les peuples de langue iroquoienne de cette région, les Wendats, les Neutres, les Pétuns et, plus tard, les Haudenosaunee eux-mêmes, connaissent des changements plus rapides que les Autochtones de tout le reste du Canada. À cause de leur statut de fermiers vivant dans des villages relativement permanents, leurs institutions politiques et sociales trouvent à s’exprimer dans des œuvres d’art appropriées. Plusieurs Premières nations émigrent cependant vers l’ouest ou l’est ou s’installent dans des réserves de la région au cours du 19e siècle. L’art a une nouvelle fin : c’est une marchandise qu’on vend aux étrangers, aux touristes et aux collectionneurs « d’artisanat » autochtone.

À l’époque préhistorique, cette région est déjà sujette à des influences extérieures. Les Haudenosaunee, par exemple, maintiennent des liens commerciaux au sud avec les cultures « mississipiennes » hautement complexes et économiquement développées des forêts de l’Est. À leur tour, ces dernières sont influencées par les innovations culturelles mexicaines (la technique de la céramique pénètre au Canada à partir de cette source). Au début de la période de contact, ils nouent des alliances avec les Européens par le biais de la traite des fourrures.

L’histoire de l’art dans cette région est trop complexe pour être présentée en détail, sauf pour quelques faits saillants. Même si dans l’ensemble on trouve une homogénéité indiscutable dans les œuvres à base de piquants et de perles de la région subarctique et de celle des Grands Lacs, les œuvres des Wendats sont distinctes à la fin de l’époque historique. « L’art typique » des Wendats montre une préférence pour la broderie en poil d’orignal avec des motifs floraux d’une beauté exquise sur des peaux teintes en noir.

La qualité de leurs produits commerciaux, inégalée nulle part au Canada, connaît son apogée en 1830, longtemps après que les Wendats eurent quitté l’ouest de l’Ontario pour s’établir à Lorette, au Québec. Les sacs et les sacoches en peau et en fil, décorés d’une grande variété de motifs géométriques, naturalistes et mythologiques, sont les ancêtres des « bandoulières » plus récentes tissées et abondamment ornées de perles de la région des Grands Lacs. Les motifs les plus fréquents représentent l’oiseau-tonnerre et la panthère sous-marine, finement rendus à l’aide de piquants, de poil d’orignal et de perles.

Tout aussi typiques sont les écharpes tissées à la main et entrelacées de perles blanches, les lanières à fardeau en chanvre tressé, les gourdins de bois à l’extrémité en forme de boule gravés et sculptés en haut-relief et les gaines de couteau décorées de façon élaborée. Même si, comme dans le cas des œuvres en argent, les Autochtones adoptent des techniques et des motifs européens, la fameuse écharpe de l’Assomption est un objet commercial. Même les paniers d’éclisse, considérés par les collectionneurs comme des pièces typiques d’artisanat autochtone, empruntent une technique apprise des colons suédois établis dans la vallée du Delaware.

Les Haudenosaunee proprement dits, autrement appelés Haudenosaunee ou Six-Nations, ne s’établissent pas au Canada avant la fin de la guerre de l’indépendance américaine en 1783. Les expressions les plus notables de l’art haudenosaunee de l’époque historique demeurent les faux-visages, des masques de bois dotés d’yeux en métal et parfois en poil de cheval, que les hommes sculptent pour les cérémonies de guérison (voir Société des faux-visages). On considère ces masques, d’un caractère fortement sculptural, avec plusieurs types de bouches et peints en rouge ou en noir ou dans les deux couleurs, comme des objets sacrés renfermant la force vitale de l’arbre vivant.

Les masques représentent des êtres mythologiques, le plus célèbre étant le « Crooked Face », celui qui a défié le Créateur et a eu le nez brisé. D’autres masques, fabriqués à l’aide de grains de maïs séché, sont portés à l’occasion de cérémonies agricoles et représentent un second groupe d’êtres surnaturels se rapportant à la terre, qui enseignent l’agriculture à l’humanité.

Outre l’art personnel (vêtements) et l’art sacré (faux-visages), les Haudenosaunee produisent un autre type d’objet d’art toujours empreint d’une signification et d’une fonction politiques. Les cordons et les ceintures Wampums mesurant plusieurs centimètres de largeur et parfois plusieurs mètres de longueur sont fabriqués à l’aide de coquillages blancs et pourpres importés de la côte atlantique. Le haut degré de sophistication politique auquel sont parvenus ces peuples de langue Haudenosaunee leur permet, en l’absence d’écriture, d’utiliser ces ceintures wampum décorées de motifs symboliques, pour conserver des traces visuelles d’événements et de traités. À ce titre, la ceinture wampum devient un symbole d’amitié et de coopération entre divers groupes politiques, autant autochtones qu’européens.

Prairies

Au moment de son émergence au 19e siècle, la culture autochtone des Prairies, située dans les plaines de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Alberta et de certaines parties de la Colombie-Britannique, constitue une synthèse des cultures autochtone et blanche, le produit des influences européennes de l’époque postérieure à la prise de contact, comme l’introduction du cheval et du fusil, qui favorisent la mobilité et l’efficacité de la chasse au bison. L’art des Gens-du-Sang, des Pieds-Noirs et des Assiniboine est semblable à celui de leurs voisins du subarctique de l’Est et de l’ouest des Grands Lacs par les techniques, les matériaux et les motifs, l’influence de l’Est ayant pénétré les Prairies à la suite de la migration vers l’ouest, conséquence des nouvelles possibilités de chasse, de la traite des fourrures et du développement de la colonisation.

La peinture sur les peaux constitue le genre majeur de l’art essentiellement bidimensionnel des peuples des Prairies. Les grands tipis, dont la fabrication nécessite jusqu’à 40 peaux de bison, constituent leur forme architecturale majeure. Souvent, chez les Blackfoot du sud de l’Alberta, on décore abondamment les tipis des membres importants de la tribu de motifs naturalistes et géométriques. Les images issues des rêves, peintes sur des boucliers en cuir écru, rivalisent avec les tableaux surréalistes contemporains par leur charge esthétique et visionnaire. Considérées comme des représentations des esprits protecteurs personnels du guerrier, on croit qu’elles le protègent à la guerre et l’aident à la chasse. Les robes de cérémonie en peau de bison peintes constituent une autre forme importante d’art, avec leurs motifs allant des « soleils levants » abstraits et concentriques aux dessins figuratifs.

L’art personnel (les mocassins, les vestes, les robes, les jambières et les chemises en peau de chevreuil et ornés de piquants de porc-épic et de perles) est au centre de leurs préoccupations esthétiques. C’est uniquement dans cette région que l’on trouve ces récipients en cuir écru peint, de formes et de grandeurs différentes, appelés parfleches, dont les décorations ne sont jamais identiques.

Plateau

On oublie souvent la région du Plateau, située au centre de la Colombie-Britannique (entre les montagnes Rocheuses et les montagnes côtières) dans les enquêtes sur l’art autochtone, bien qu’elle soit unique à maints égards. Les Salish du continent ont laissé une quantité importante de pictogrammes préhistoriques. Les Lillooets, les Thompsons, les Okanagans et les Shuswaps de la période historique sont connus pour leurs paniers étanches faits avec à la main avec soin et fabriqués suivant le procédé au colombin et décorés de motifs géométriques. On a fait peu de recherche sur l’art des peuples du Plateau, comme sur leurs couvertures tissées de laine de chèvre des montagnes, leurs vêtements, ou leurs croyances religieuses qui fournissent le contexte nécessaire à une interprétation de l’art de plusieurs cultures des Premières nations.

Côte du Nord-Ouest et l’Arctique

On a accordé une attention considérable au cours des dernières années à l’histoire de l’art de la côte du Nord-Ouest et de l’Arctique. (Pour des exposés plus détaillés de ces deux traditions artistiques, voir Art autochtone de la côte nord-ouest, l’Art inuit et la Gravure inuite.)

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